2010, l'odyssée de la débrouille

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La crise modifie radicalement le marché du travail. Les emplois fixes font de plus en plus souvent place aux contrats temporaires et aux missions indépendantes. Traficoter positivement sera la principale tendance en 2010, selon l’expert néerlandais en RH Cor Rietman.

Traficoter ou plutôt "hosselen", un terme du jargon des rues du Surinam, qui renvoie à toutes sortes d’activités auxquelles se livrent les gens – dealers de drogue surtout – pour se faire de l’argent. Mais oubliez tout de suite cette connotation négative, déclare l’expert néerlandais en RH Cor Rietman, car la tendance sera déterminante pour le marché du travail en 2010.

« Le marché du travail est devenu tellement flexible qu’une carrière jalonnée par une succession d’emplois fixes devient de plus en plus rare. Les périodes de travail fixe alterneront avec des périodes de travail intérimaire ou d’entreprenariat indépendant », affirme Rietman. « Il s’agit souvent de travailleurs expérimentés qui veulent utiliser leurs connaissances et leur savoir-faire pour plusieurs clients, donc en tant que freelances. Dans les périodes durant lesquelles ils ont moins de missions, ils prennent un petit emploi supplémentaire, vendent des marchandises en ligne ou acceptent d’autres boulots pour se faire de l’argent. »

Moins de missions suite à la crise

La crise a donné un coup de pouce à cette évolution, estime Cor Rietman. « En raison de la crise, les freelances reçoivent souvent nettement moins de missions. Ceci fait qu’ils ont plus besoin que les autres d’effectuer des activités complémentaires afin d’obtenir un revenu suffisant. Certains freelances cherchent à nouveau un emploi fixe car ils ont trop peu de réserves financières. Par la suite, ils voudront peut-être se lancer mieux préparés dans leur aventure.

« Par exemple en acquérant les nouvelles aptitudes nécessaires à une vie en tant que freelance : constitution et entretien d’un bon réseau, aptitudes commerciales pour décrocher de nouvelles missions, planification financière et administration. Ou en se construisant progressivement une vie en tant que freelance, en combinant un emploi fixe avec des missions de freelance. Pour les entreprises, les avantages sont évidents, surtout en cette période de crise : avec un plus petit nombre de commandes, il est plus facile de se séparer d’un freelance que d’un employé fixe. »

Les employeurs aiment les freelances

Pourtant, l’augmentation des missions freelance et des contrats temporaires constitue une tendance structurelle, estime Rietman. Indépendamment de la crise, de plus en plus d’employeurs et d’employés en comprennent les avantages. On voit même se constituer des réseaux de freelances qui collaborent pour des missions trop importantes pour une personne seule.

Vis-à-vis du statut d’employé, ceci présente différents avantages, estime-t-il : ils ne doivent plus faire de boulots qu’ils n’ont pas envie de faire, et peuvent souvent gagner plus d’argent et réaliser un meilleur équilibre avec leur vie privée.

« On constate ce ‘traficotage’ dans différents secteurs : architectes, comptables, juristes, spécialistes du marketing, conseillers en communication, journalistes,... »

Rietman « traficote » lui aussi : il est manager en communication au Ministère des Affaires Economiques aux Pays-Bas, cofondateur de l’éditeur Internet Personeelsnet Media et possède son propre blog sur les ressources humaines.
 
Texte : Dominique Soenens