Attention! Votre travail peut être dangereux pour votre cœur

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La semaine dernière, Dirk Abrams, présentateur de la chaîne flamande Canvas, a été victime d’une crise cardiaque. Overdose de stress? Nous avons posé la question au docteur Luc Swinnen, qui voit défiler dans son cabinet de nombreux travailleurs surmenés.

La crise cardiaque de Dirk Abrams est-elle due au stress?

"C’est possible, mais d’après ce que j’entends dans les médias, je ne peux naturellement pas l’affirmer avec certitude. Le stress peut provoquer 4 sortes de symptômes: physiques (maux de tête, douleurs musculaires, insomnies, …), émotionnels (angoisse, agressivité, ...), cognitifs (pertes de mémoire, troubles de la concentration) et comportementaux. Si le stress perdure trop longtemps, il peut mener à des affections plus graves: ulcères, infarctus, syndromes métaboliques, diminution de l’immunité,… N’oublions pas que quelques centaines de personnes meurent chaque année des conséquences du stress."

A quel moment le stress devient-il dangereux?

"Je crois que le stress n’est jamais bon. Je comprends qu’il peut motiver à travailler plus, et que l’on peut alors l’appeler positif. Mais pour votre corps, il ne l’est jamais. Le stress provoque la production d’adrénaline et de cortisone, des hormones qui sont responsables d’une série de maladies. Il faut donc être prudent."

Le métier de journaliste est selon vous un métier à risque. En quoi est-il si stressant?

"Comme toujours dans les métiers à risque, il n’y a pas qu’un seul facteur responsable. Je citerais les sources de stress suivantes:

- Constamment sous pression: Les journalistes doivent apporter chaque jour leur contribution au journal, papier, télé, radio ou internet.

- Satisfaire le patron, tout en intéressant le lecteur/auditeur: La personne interviewée souhaite avant tout que ses propos soient transmis correctement, le patron veut que l’on atteigne le maximum de monde possible et le public veut être informé ou amusé. Et le journaliste doit satisfaire tous ces souhaits.

- Equilibre travail-vie privée peu aisé: Le respect des délais se fait souvent au détriment du temps passé avec le partenaire et les enfants, alors que leur soutien est très important pour lutter contre le stress.

- Peu de sécurité d’emploi

- Contact humain. Lors des interviews, ils entrent en contact avec les émotions des gens. Ils ont donc besoin d’une dose d’empathie, ce qui peut être très éprouvant."

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Quels sont les autres métiers à risque?

"Certains métiers sont très représentés parmi mes patients : travailleurs des soins de santé, personnel horeca, agents de callcenters, dentistes, pompiers, directeurs d’école, gardiens de prison, chercheurs universitaires,…"

 

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Quels sont vos conseils pour les travailleurs?

"Prenez soin de votre santé: votre alimentation, votre sommeil, vos relations… Aucun emploi ne vaut la peine que vous négligiez tout cela. Vous pouvez être passionné, mais la vie ne se résume pas au travail. Ne vous laissez pas noyer par votre boulot. Essayez aussi de gérer vos émotions et vos pensées. Sachez que vous ne devez pas toujours être performant à 100%. Le monde ne s’arrêtera pas si vous commettez une erreur. J’essaye de transmettre cette pensée à mes patients, et elle a un effet libérateur."

"Ce qui peut aider aussi est d’apprendre à appliquer la règle 80/20 de Pareto. Celle-ci dit que vous produisez 80% de votre travail en 20% de votre temps. En m’appuyant sur ce principe, je fais faire à mes patients une liste de leurs tâches essentielles (=20%). Je leur conseille de les effectuer et puis d’utiliser le temps éventuellement restant pour réaliser les 80% qui restent."

Chefs, collègues, famille... ne comprennent pas toujours les travailleurs qui souffrent d’un burn-out. Y a-t-il toujours un tabou sur cette maladie?

"Je pense que oui. Cela fait maintenant 20 ans que je travaille sur le stress et le burn-out et, même si le nombre de personnes surmenées augmente, c’est toujours considéré comme une honte dans nos régions. J’habite dans un trou perdu, et je remarque que mes patients considèrent que c’est un gros avantage. Ils préfèrent ne pas être vus et reconnus lorsqu’ils viennent ici. Ils remplissent un rôle dans la société et ont donc honte de leur problème. Pour un gardien de prison, par exemple, il est très difficile d’admettre qu’il souffre du stress. Son boulot exige justement une bonne résistance au stress."

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