Benjamin Nizet, 30 ans, d’Enseignons.be à Microsoft

 

Nom Benjamin Nizet
Âge 30 ans.
Formation Licencié agrégé en langues et littératures romanes.
Salaire NC.
Objectif dans la vie Benjamin aimerait avoir un impact sur les sujets qui le touchent, comme l’enseignement.
Qualité première Il est déterminé et passionné.
Principal défaut Il est exigeant et… passionné.
Conseil aux plus jeunes Faire quelque chose, n’importe quoi, en-dehors des études, parce que fondamentalement, tous les diplômes s’équivalent. La différence, c’est créer un site web, monter une pièce de théâtre, créer une communauté… On n’encourage pas assez les jeunes à faire ça à l’université.

D’une licence en langues et littératures romanes au poste d’Academic Program Manager chez Microsoft en passant par une plateforme internet collaborative, parcours d’un jeune homme passionné de rencontres et d’échanges.

« J’ai un côté paresseux », avoue Benjamin Nizet. « Pendant l’agrégation, on n’arrête pas de parler de préparations des cours, mais sans en montrer une seule ! C’est comme si on te disait : j’ai sué, t’as qu’à suer aussi. C’est idiot, parce que l’enseignement est précisément un métier où on transmet les connaissances. Or, les profs ne le font pas entre eux. » C’est ce qui l’a incité à créer Enseignons.be avec quatre potes.

Au départ, il s’agit d’une plateforme web où les futurs enseignants pourront s’échanger leurs préparations de stages. Dans la foulée, en août 2004, ils montent l’ASBL éponyme, contactent des écoles et tentent de trouver un annonceur. « C’est Libris Agora, le dernier que nous sommes allés voir, qui a financé les affiches de la campagne de pub réalisée dans toutes les écoles. Le slogan était Partager pour mieux enseigner. Échangez vos préparations. Tout était fait à l’arraché, aucun de nous n’avait une formation en graphisme. »

Aujourd’hui, 12 à 14 000 documents sont disponibles et plus de 99 000 personnes sont inscrites sur le site de partage. « Il y a des parents et des enseignants de l’enseignement obligatoire, mais ce sont surtout des profs qui l’utilisent. En tant que parents, on peut télécharger des exercices. En primaire, ça cartonne beaucoup plus qu’en secondaire. C’est sans doute parce que les profs doivent préparer toutes les matières alors qu’ils ont plus d’affinités avec l’une qu’avec l’autre. Ça répondait à une demande, sinon on n’aurait pas eu autant d’inscrits. »

« On te paie pour te cultiver »

Mais c’est en tant que bénévole que Benjamin Nizet mène ses activités au sein de l’ASBL. Pendant trois ans, il est aussi chercheur à mi-temps aux Facultés Notre-Dame de la Paix à Namur. Ses recherches portent sur la nouvelle orthographe, les métalangages, la linguistique, l’enseignement du français. « La recherche, c’est le pied, parce qu’on te paie pour devenir plus intelligent, pour te cultiver. Mais c’est aussi un peu frustrant, parce que tu publies des articles qui sont lus par douze personnes dans le monde et qui s’en foutent. »

Benjamin n’hésite donc pas à accepter le poste d’Academic Program Manager pour le programme Partners in Learning de Microsoft. Parallèlement à ses recherches, il travaille à mi-temps en qualité de contractant. « Microsoft cherchait quelqu’un de jeune, qui parlait anglais, qui venait du milieu enseignant et qui était intéressé par l’intégration des nouvelles technologies dans l’enseignement. C’est un travail tout à fait indépendant d’Enseignons.be, mais nous collaborons avec des personnes proches du milieu de l’éducation pour aider les profs et les directions d’écoles à prendre conscience de l’utilité de certains outils informatiques pour améliorer l’enseignement et l’apprentissage. Je suis chargé de la mise en place de formations et d’actions concrètes pour le monde enseignant, des maternelles au supérieur. Mais les réalités sont très différentes à Bruxelles, en Wallonie, en Flandre et au Luxembourg, tant du point de vue du nombre d’élèves par ordinateur disponible que du point de vue de la maturité. Deux fois par an, une fois au niveau européen, une fois au niveau mondial, nous organisons un forum, sorte de concours Eurovision ou de Coupe du monde de l’éducation, pour favoriser les échanges et les rencontres entre les enseignants et écoles innovants de tous les pays. On met les meilleures pratiques en lumière et on place les enseignants sur un piédestal pour leur innovation et leur incroyable inventivité. »

En 2008, Benjamin Nizet devient salarié de Microsoft à plein temps. « L’environnement de travail est idéal. Il n’y a pas d’horaire, tout est basé sur les objectifs. Je ne suis pas mesuré à ce que je rapporte financièrement, mais à la qualité de ce que je fais. Comme je suis un peu un satellite du programme, je peux m’inclure dans des projets externes comme Mons 2015. J’ai toujours Enseignons.be quelque part dans ma tête, parce que j’ai envie que ça marche. Ce projet a été porté par le sang et la sueur et les bonnes volontés finissent par s’épuiser. »

Caroline Dunski

Partners in Learning

Ce programme mondial lancé par Microsoft en 2003 dans 114 pays a fait l’objet d’un investissement de 500 millions de dollars. Il touche plus de 9 millions d’enseignants et 200 millions d’étudiants. Convaincu que l'éducation est l'investissement le plus important à faire pour l'avenir, ce programme ambitionne d’aider les enseignants et les chefs d'établissement à communiquer, à collaborer, à créer et à partager, afin que les étudiants puissent réaliser leur plein potentiel.« À Bruxelles, le School Technology Innovation Center européen de Microsoft regroupe tous les outils pour l’enseignement spécialisé. J’y organise des visites pour les enseignants. Mon but est de montrer qu’un outil utilisé efficacement aide à gagner du temps. » En principe, Partners in Learning doit prendre fin en 2013. « Je touche du bois pour qu’il se poursuive », conclut Benjamin.
CDu.