Bruxelles: un jeune sur trois n'a pas de boulot
Au total, pour l'année 2008, la région bruxelloise avait près de 23% des 18-24 ans ayant stoppé leurs études sans obtenir le diplôme de secondaire supérieur. Mais la statistique la plus inquiétante peut-être pour Bruxelles révèle que 35% des O-17 ans grandissent dans des ménages sans aucun revenu du travail...
Au mois de décembre dernier, le magazine Vacature sortaient un dossier au titre évocateur: "La génération perdue de Bruxelles". Cette enquête d'une dizaine de pages sonne aujourd'hui comme une "pré-alarme" à la polémique de ce début février entourant la capitale de la Belgique et son (nouveau) statut de ville de plus en plus insécurisée. En cause, des attaques très violentes (à l'arme lourde parfois) et l'émergence de zones de non-droit dans certaines communes comme Anderelcht pour ne pas la citer.
La perspective de voir une jeunesse, insuffisament scolarisée et pas (ou pas assez) bilingue, n'avoir que fort peu raison de croire en l'avenir est réelle. Sans user de trop gros raccourci, il faudrait peut-être, en dehors des légitimes mesures répréssives et préventives de l'autorité publique, se poser la question de l'effet du chômage endémique de la jeunesse bruxelloise sur cette violence grandissante. La formation, l'enseignement, la création d'un tissu social sont aussi invités à ce débat.
Molenbeek: 40% de chômage
Vacature annonçait d'emblée un taux d'inactivité concernant 1 jeune sur 3 à Bruxelles. Molenbeek afficherait le taux dramatique de 40% de chômage chez les jeunes! Aucune autre capitale européenne ne présente un tel bilan. Depuis 2000, impossible pour Bruxelles de descendre en-dessous du taux de 30% de chômage chez les jeunes. C'est plus du double de la Flandre et plus que la moyenne européenne.
Au total, pour l'année 2008, la région bruxelloise avait près de 23% des 18-24 ans ayant stoppé leurs études sans avoir en poche le diplôme de secondaire supérieur... Mais la statistique la plus inquiétante peut-être révèle que 35% des enfants à Bruxelles grandissent dans des ménages sans aucun revenu du travail...
Comment expliquer ces chiffres? La situation politique complexe de Bruxelles ne facilite sans doute pas la situation. Les matières de l'enseignement, notamment, sont communautarisées. Et le territoire est composé de 19 communes qui n'ont pas toutes le même profil...
Du côté d'Actiris, on pointe quatre grands facteurs: la discrimination qui continue de jouer un rôle central, le problème du bilinguisme, l'écart grandissant entre les niveaux d'enseignement et la présence de plus de jeunes dans la capitale que dans les deux autres régions du pays.
Pas assez bilingues
Le ministre bruxellois de l'économie et de l'emploi, Benoît Cerexhe (cdh), continue de croire aux futurs résultats concrets de l'organisme régional chargé de l'emploi cité plus haut. "Dès le mois de mars, une cinquantaine de consultants viendront renforcer l'équipe actuelle d'Actiris afin d'accompagner nos (jeunes) chômeurs. Mais le bilinguisme actif reste un très gros problème à Bruxelles. Cette année, nous investirons quelques 7,5 millions d'euros dans la formation en langue. En ce qui me concerne, je plaide depuis longtemps pour un vrai enseignement bilingue à Bruxelles."
Si Bruxelles ne prend pas à bras-le-corps le chômage de ses jeunes, son expansion économique pourrait connaître un sérieux coup d'arrêt dans les prochaines années. Il faut trouver des solutions, quitte à bousculer un peu une jeunesse parfois anesthésiée par une forme d'"assistanat social". Mais qui, politiquement, osera prendre le risque?
L.Dp
