Combien gagnent les pompiers?

Pompier professionnel ou volontaire, comment s’engage-t-on dans ce métier à risques et combien y gagne-t-on ?


Jean Pirotte, délégué syndical du FISP, Fédération Intercatégorielle des Services Publics et véhément partisan d’une réforme du système des pompiers volontaires, a répondu à nos questions.

Comment devient-on pompier professionnel?

Il faut faire la distinction entre les pompiers professionnels et les pompiers volontaires. Les premiers sont des fonctionnaires statutaires communaux dont le statut est réglementé par le service sécurité civile. Les deuxièmes sont des agents volontaires qui dépendent de la commune.

Sur les 17.000 pompiers actifs en Belgique, on en recense à peine environ 4.500 professionnels, pour plus de 12.000 volontaires. Ils sont répartis sur les 246 services incendies du pays, qui peuvent être mixtes, donc composés à la fois de pompiers volontaires et professionnels, ou volontaires uniquement.

Pour devenir pompier professionnel, le candidat sapeur doit attendre un appel public du service incendie. S’il répond aux critères requis, comme de bonnes vie et mœurs, par exemple, le candidat sera invité à passer une visite médicale veillant à s’assurer de sa bonne condition physique générale et à effectuer une batterie de tests physiques et sportifs. Tous ces tests sont définis par une réglementation officielle et unique en Belgique.

Une fois ses tests réussis, le pompier suivra une instruction d’un mois et demi dans l’un des 5 écoles du feu professionnelles (situées à Bruxelles, Charleroi, Liège, Anvers et Gand). Il sera ensuite engagé pour une période d’essai d’un an, au bout de laquelle il recevra, pour autant qu’il ait donné satisfaction, une nomination statutaire. Une fois nommé, les pompiers continuent bien évidemment à bénéficier d’une formation permanente.

Comment devient-on pompier volontaire?

Pour devenir pompier volontaire, le candidat s’engage auprès de la commune qui dispose d’un service incendie et suit une instruction d’un à deux mois dans une école du feu provinciale.

Les pompiers volontaires bénéficient d’une formation moins complète et étendue que les pompiers professionnels. Ces derniers sont par exemple formés à présent pour combattre les ‘nouveaux dangers’, comme les risque chimiques.

Pompiers volontaires : système à revoir

Dans le cas des pompiers professionnels, le nombre d’heures de travail et de garde est régi par la réglementation officielle. Dans le cas des volontaires, il est fréquent de prester bien plus de 38 heures par semaine ou de rester plus d’une semaine d’affilée de garde. Situation illégale en vertu des directives européennes sur les conditions de travail et que dénoncent les syndicats.

De plus les sapeurs volontaires combinent souvent cette activité avec un autre emploi. Le pouvoir communal arrange donc le temps de travail selon son bon vouloir ; rien n’est standardisé. Dans une caserne regroupant à la fois des sapeurs volontaires et des professionnels, les règles appliquées aux uns ne sont pas valables sur les autres. Le mot d’ordre serait plutôt ‘deux poids, deux mesures’.

1.500€ net pour les pros, de 200 à 3.500€ pour les volontaires

En matière de rémunération aussi, les différences sont cruellement marquées.

Ainsi, les pompiers professionnels sont payés selon une échelle de traitement des agents statutaires. Leur salaire de départ est fixé entre 1.400 et 1.500 euros net, et grimpe jusqu’à entre 2.300 et 2.500 euros net pour un pompier gradé en fin de carrière.

Dans le cas des volontaires, aucun salaire fixe n’est déterminé. C’est dont à chaque commune de décider de la rémunération de ses sapeurs volontaires. Les fossés entre les revenus d’une commune à l’autre sont donc énormes, ceux-ci pouvant varier de quelques centaines d’euros à 3.500 euros par mois dans certains cas extrêmes.

"Et les abus ne sont pas rares", dénonce Jean Pirotte. "Certains chômeurs complets indemnisés exercent par exemple l’activité de pompier volontaire et empochant donc la rémunération attribuée en plus de leurs allocations. Le service Sécurité civile du ministère de l’Intérieur est censé exercer un contrôle, mais dans les faits, ce n’est pas le cas."

Un système "foireux", donc, comme le qualifie Jean Pirotte, qui prône une réforme complète, permettant aux volontaires d’obtenir le statut de professionnel. Petite avancée dans la lutte qu’il mène vers une régularisation du système, la justice vient de rendre un jugement obligeant les communes à rémunérer les heures de garde des pompiers volontaires, même lorsqu’ils ne doivent pas partir en intervention.

 

Photo: www.mil.be