Comment Di Rupo peut-il remettre les négociations sur les rails?
© Bart Dewaele (imagedesk) Les négociations menées par le préformateur Elio Di Rupo sont bloquées. Il n’y a pourtant pas de raisons de paniquer, selon Peter Engelboghs, de chez MCR, une spin-off de la K.U.Leuven spécialisée dans la formation et l’accompagnement sur mesure et dans les compétences en management, le coaching et le développement dans les processus de changements. Quels sont ses conseils pour arriver à reprendre les discussions? Et quelles leçons peut-on en tirer pour le milieu professionnel?
Circonstances exceptionnelles
"Avant tout, les circonstances dans lesquelles Di Rupo et les autres doivent travailler sont tout à fait exceptionnelles. Les discussions ont une portée très large et abordent des thèmes très complexes. Sans compter que les négociateurs sont pressés par le temps. L’accord auquel ils doivent parvenir aura des effets au long terme, ce qui ne facilite évidemment pas les choses. Dans le monde professionnel, une telle situation se produira très rarement. Mais chaque manager peut pourtant en retirer des enseignements à en retirer."
Conclure chaque réunion avec des accords concrets
Qu’ils s’agissent de négociations politiques ou professionnelles, il est essentiel que les négociateurs terminent à chaque fois leurs réunions avec des accords concrets. Peter Engelborghs: "Ils doivent avoir l’impression à chaque fois que des résultats ont été obtenus. C’est le seul moyen qu’ils continuent à vouloir s’investir et accepter des compromis, examiner les détails, discuter de leur point de vue et défendre certains accords face à leur base. En fait, il faut qu’un esprit de groupe se crée entre les négociateurs. S’ils y arrivent, il y a alors peu de chances qu’ils commencent à s’attaquer ou à devenir trop émotionnels."
Jusqu’il y a peu, cela semblait réussir à merveille. Les sept partis se comportaient de manière loyale autour de la table des négociations. Mais si les discussions sont bloquées pour l’instant, cela ne signifie pas pour autant que plus aucun accord n’est possible, selon Engelborghs. "Des négociations d’une telle ampleur doivent parfois exploser pour pouvoir revenir à l’essentiel. Après des jours et des heures de discussion sur des détails, les partis peuvent en arriver à questionner la nécessité des négociations. Il vaut alors mieux que la bombe éclate pour pouvoir repartir sur des bases plus saines."
Poursuivre la discussion
Que faut-il faire pour remettre les négociations sur les rails? Comment Di Rupo peut-il restaurer la loyauté entre les partis réunis autour de la table? Engelborghs: "Le plus important est de poursuivre les négociations. On peut laisser une période de décompression, mais il faut que les négociateurs restent en contact. Organiser une réunion avec des experts techniques peut par exemple être une option."
"Vu la complexité de la discussion et des thèmes abordés, cela n’a pas de sens de renvoyer les négociateurs chacun de leur côté avec une mission. La solution doit être trouvée pas à pas et les négociateurs doivent être impliqués à chaque niveau. Ils doivent avoir le sentiment de créer quelque chose ensemble. C’est aussi une piste à suivre dans le monde professionnel, d’autant plus lorsque des décisions moins cruciales sont en jeu."
Travailler avec un double agenda
"Je conseillerais également à tous ceux impliqués dans des négociations de grande ampleur de travailler avec un double agenda. Une partie où l’on détermine pour chaque réunion le thème discuté et une autre où l’on décide si un accord doit être obtenu ou pas. On est ainsi couvert à l’avance. Il faut également discuter de la façon don ton communiquera vers l’extérieur."
Taire la date butoir
Est-ce une bonne idee de fixer une date butoir? "Oui et non. Une date butoir apporte de la structure et permet à tout le monde de savoir quel est l’objectif. Mais les dates butoirs peuvent aussi avoir un effet handicapant. Les négociateurs savent qu’ils ne doivent pas arriver à un accord avant une certaine date et le risque existe qu’ils retardent leur décision jusque là, puis finissent par ne pas arriver à tenir le délai fixé. Si l’on fait le choix de fixer une date butoir, il vaut également mieux éviter de la communiquer à l’extérieur, afin d’éviter une pression supplémentaire inutile."
Photo: Bart Dewaele
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