Comment gérez-vous votre carrière?

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Souvent taxés de frilosité à l’égard de la mobilité professionnelle, les salariés belges sont en fait plus disposés à bouger que ne le croient leurs patrons. Et aussi plus ambitieux. La dernière enquête SD Worx/Références/Vacature montre que, malgré un contexte morose, les ambitions des Belges sont intactes, et qu’ils veulent pouvoir prendre leur carrière en main. Les travailleurs qui changent d’employeur sont davantage motivés par des considérations personnelles que par le salaire. Mais les adeptes du « jobhopping » restent mal perçus par leurs collègues.

Avec 3,4 employeurs en moyenne dans leur carrière, tous âges confondus, contre 2,6 en 2007, la mobilité professionnelle des actifs belges est finalement bien plus importante qu’on ne pourrait le croire. Ces chiffres, tirés d’une étude SD Worx réalisée auprès de 3471 personnes, à la demande conjointe de Références et de Vacature, font naturellement apparaître des divergences suivant les profils, les âges, les genres et les régions.

« Dans le passé, les salariés opéraient des changements de carrière plus « forcés ». Aujourd’hui, 70 % d’entre eux déclarent avoir changé d’emploi de leur propre initiative », rapporte Frédéric Williquet, directeur de la Division Consultance et Compétences de SD Worx pour la Wallonie. Pour autant, les travailleurs mobiles ne quittent pas systématiquement leur entreprise.

Au contraire. Dans 40 % des cas, leurs changements s’opèrent de manière « horizontale ». « Il ne s’agit pas toujours de promotions. Cela signifie qu’aujourd’hui, les carrières ne sont plus définies de manière hiérarchisée. Au contraire : il est de bon ton de changer pour le même type de travail, à un niveau similaire. Et ce, à l’intérieur d’une même entreprise ou d’un même groupe ».

D’après l’enquête, c’est surtout suite à une première expérience de travail, que l’on change de poste et d’entreprise (57 %). Pour 40 % des sondés, le premier emploi n’a pas de corrélation avec le diplôme. « Les gens entrent de plus en plus souvent sur le marché de l’emploi dans des fonctions qui n’ont pas de rapport direct avec leurs études. Et ce lien diminue au fil de la carrière, passant de 60 % à 50 % », observe Frédéric Williquet.

1.Les hommes par ambition, les femmes pour l’équilibre

Autre enseignement : quand les Belges changent d’employeur, c’est le plus souvent pour des motivations positives. La mobilité apparaît choisie et non subie. Elle est motivée en premier lieu par l’ambition, suivie par un meilleur salaire, ainsi que par la volonté d’essayer autre chose et par un désir de développement personnel. Mais les raisons qui poussent les salariés au changement, sont, quant à elles, motivées par des aspects négatifs concernant l’employeur actuel. Elles se rapportent, en premier lieu, à la relation avec les supérieurs hiérarchiques ; au second plan, à une trop faible reconnaissance et en troisième lieu, à une mauvaise ambiance de travail. La question salariale ne se place qu’au pied du podium.

Au-delà de ces points communs, subsiste une énorme différence entre les hommes et les femmes. Les hommes changent d’emploi davantage pour des raisons financières que par ambition. Le troisième facteur étant un désir accru de liberté. Pour les femmes, les raisons sont complètement différentes : elles changent d’emploi surtout pour des raisons familiales. Ensuite, elles recherchent davantage de confort, ainsi qu’un milieu de travail sain. « Cela confirme tous les clichés, sourit Frédéric Williquet.

La différence est assez frappante. Les hommes apparaissent comme de vrais chasseurs, tandis que les femmes cherchent à favoriser un équilibre dans leur famille ». D’autre part, les jeunes (– 25 ans) changent principalement d’emploi parce qu’ils ont envie d’essayer autre chose et parce qu’ils cherchent à se développer davantage.

Les travailleurs âgés, quant à eux, sont mus par leurs besoins familiaux et l’état de leur santé. « Les jeunes de la génération Y ne considèrent pas leur emploi comme un « emploi à vie », confie Frédéric Williquet. Ils vivent dans une économie de l’expérience : ils veulent tout faire pour accumuler les savoirs et diversifier leurs compétences. Cette mobilité est d’autant plus forte que les jeunes sont plus diplômés. C’est très flagrant au début de leur carrière. Mais rapidement, ils sont pris dans un engrenage où la sécurité reprend le dessus ».

2. Obstacle nº1 : la peur du changement

Parmi les obstacles qui les empêchent de changer d’emploi, la peur psychologique du changement apparaît, en soi, comme un élément majeur. Alors qu’en 2004, 44 % des sondés estimaient qu’il serait difficile de trouver un autre emploi, ce pourcentage a augmenté régulièrement ces dernières années : ils étaient 63 % en 2007, 66 % en 2008 et 74 % en 2010.

Aujourd’hui, trois quarts des Belges craignent d’entrer sur le marché du travail. « La mobilité n’est donc pas motivée par la peur de perdre son emploi, constate Frédéric Williquet. Le seul bémol, c’est que les Belges manifestent peu le besoin d’être reconvertis ou réorientés. Ils veulent évoluer dans la voie tracée, sans prendre le risque de changer d’employeur. C’est pourquoi il faut leur proposer des évolutions internes. » Or, seulement la moitié des entreprises communique sur les possibilités de carrière.

Dans la réalité, ces résultats s’expliquent surtout sociologiquement : « Le besoin de stabilité est lié à la structure de l’emploi et à la mentalité belge. À la suite de leurs études, les salariés démarrent souvent sur des rails. Ensuite, ils changent de société, en général pour faire le même métier. Contrairement aux Etats-Unis, où l’on change souvent de job, en Belgique, on penche pour une évolution ascendante plutôt que pour des ruptures-reconversions », observe Frédéric Williquet.

Côté dirigeants pourtant, on estime que les collaborateurs ne manifestent pas beaucoup d’envie de changer de travail, ce qui freine leur progression. Et si les salariés manifestent cette envie, les dirigeants l’attribuent beaucoup plus fréquemment à un paramètre personnel (recherche d’un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle, raisons familiales) et non à la volonté de prendre des responsabilités plus lourdes de la part du salarié. Ce qui prouve l’écart qui sépare, sur le volet de la mobilité, les souhaits des salariés et la perception qu’en ont les dirigeants.

3. Les « jobhoppers » sont mal perçus

Par ailleurs, les Belges restent des travailleurs très « sécuritaires » : 56 % des sondés estiment que l’ancienneté accumulée auprès de leur employeur actuel, est un obstacle pour un meilleur emploi. Mais en même temps, 32 % des travailleurs belges trouvent que les personnes qui ont eu beaucoup d’employeurs sur une courte période, sont de plus mauvais collègues que ceux qui sont restés longtemps chez le même employeur.

Autre décalage : 44 % des Belges trouvent que les collaborateurs qui ont eu une interruption de carrière de plus de 3 mois ou qui travaillent à mitemps, ont moins droit à une promotion ou une augmentation de salaire. « On reste dans une culture très conservatrice où seuls les travailleurs fidèles à l’entreprise ont le droit de gravir les échelons. Ceci, au dépens d’une vision davantage axée sur le développement personnel et les compétences réelles ».

Enfin, 72 % des Belges trouvent qu’un poste de manager ne peut pas être combiné avec un travail à temps partiel ou une interruption de carrière de plus de 3 mois. « Ces différences apparaissent davantage chez les Flamands que chez les Wallons, et chez les hommes plutôt que chez les femmes. Sans doute est-ce une question d’empathie…

Surtout dans la mesure où les hiérarchies restent sous domination masculine », pointe le consultant de SD Worx. Le manque de mobilité géographique est en revanche un trait bien partagé : si 54 % des personnes interrogées se déclarent prêtes à travailler à l’étranger, changer de région devient plus délicat. En effet, 40 % se disent prêts à déménager à l’étranger, mais seuls 35 % sont disposés à le faire en Belgique. « Les salariés essaient d’éviter au maximum de bouger, quitte à changer de métier pour rester au même endroit. Autant pour les Wallons que les Flamands, la mobilité professionnelle est d’ailleurs plus facile à gérer que la mobilité géographique ».

4. Tout se joue entre 30 et 45 ans

C’est chez les trentenaires que la mobilité professionnelle est la plus forte. Cette tendance décroît pour les quadragénaires, puis les quinqua. « Le marché de l’emploi reste assez conservateur. Les Belges ont des carrières presse-citron : tout se joue entre 30 et 45 ans. On estime que, dans cette tranche d’âge, les travailleurs atteignent leur plus grand potentiel.

Or, c’est aussi à ce moment crucial que se construisent les plus grands projets personnels et que l’on fonde sa famille. C’est extrêmement pénalisant pour les femmes, qui doivent parfois faire des choix professionnels qui ne leur appartiennent pas », pointe Frédéric Williquet. La formation tout au long de la vie – utilisée pour se maintenir dans l’emploi ou changer de métier – est plébiscitée : le droit individuel à la formation, le bilan de compétences et la validation des acquis de l’expérience sont ainsi connus d’une majorité des salariés.

Mais, chiffre surprenant, 91 % des salariés se déclarent prêts à étudier, pendant leur temps libre, au frais de l’employeur. Et 42 % à leurs propres frais. Autre surprise : 69 % se déclarent prêts à prester des journées plus longues ou le week-end. Pour Frédéric Williquet, le constat est simple : « Les entreprises doivent y voir l’opportunité de développer une nouvelle mentalité en termes d’horaires de travail, de flexibilité et de développement des compétences ». Si les Belges sont déterminés à évoluer, il leur reste encore à trouver davantage d’agilité professionnelle, pour se réadapter à un marché toujours fluctuant. « Si l’on veut que sa carrière évolue, il faut prendre les initiatives de soi-même.

Et surtout, ne pas hésiter à demander des formations dans des domaines autres que ceux de la fonction occupée », conclut Frédéric Williquet.