Crise de carrière: 3 témoignages
"Il fallait toujours en faire plus en moins de temps"...Ils ont connu une crise de carrière et ils en parlent.
Christine Dawance, 51 ans
" Je me suis dit : cela peut m'arriver, à moi aussi ! "
Christine Dawance a travaillé vingt-cinq ans chez Electrabel, dont vingt ans dans les ressources humaines opérationnelles. A 45 ans, après un parcours très lisse et autant d'échelons gravis, la structure dont elle était responsable a été supprimée.
Christine Dawance s'est ainsi retrouvée à exercer une fonction qui ne lui donnait plus satisfaction. " Cela a été une période difficile. Je me suis dit : ça peut m'arriver, à moi aussi ! En même temps, cet électrochoc m'a permis de faire le point et de retrouver une assise. J'ai pu prendre du recul et faire la part des choses entre l'organisation qui prenait cette décision, et les personnes. " C'est là qu'elle a décidé de " ne pas rester les bras croisés " et de démarrer une formation de coach. " J'ai toujours été plus à l'aise dans les relations individuelles et j'ai toujours aimé aider les personnes à se repositionner, à régler des conflits… " Aujourd'hui, elle termine sa mission chez Electrabel, à mi-temps, après quoi elle se lancera comme indépendante à temps plein. " J'ai bien sûr toujours des doutes, une petite impression de vide, parfois. C'est pour cela que j'ai eu besoin d'une transition progressive. Après vingt-cinq ans de chemin bien tracé, c'est à moi de tracer le mien. "
Sophie Holemans, 37 ans
" Personne ne se doutait de rien, car je continuais à donner le meilleur "
Sophie Holemans a toujours travaillé dans le conseil et les ressources humaines. En juin 2009, elle a été recrutée comme directrice des ressources humaines d'un groupe d'intercommunales. " Cet emploi, c'était LA réussite. Je voyais que pour mon entourage, être DRH d'une entreprise de cinq cents personnes à 35 ans, cela ne se refusait pas. " Pourtant, Sophie Holemans s'est tout de suite dit qu'elle avait peut-être fait une erreur. Et en tout cas, que cela allait être plus dur que ce qu'elle imaginait. "
Lors de mon recrutement, on m'a dit que j'étais engagée pour apporter du sang neuf, faire bouger les choses. Pourtant, dans les faits, il y avait un grand décalage. Chaque fois que je faisais une tentative, j'avais l'impression de me battre contre des moulins. Il n'y avait aucune stratégie, on ne savait pas où on allait. " Mais comme la DRH n'est pas du genre à se laisser abattre, elle est allée au travail contre vents et marées, mettant de côté son découragement dans la voiture sur le parking le matin, ses maux de dos, les antidouleurs… "
J'avais l'impression de m'éteindre, mais personne ne s'en doutait, car je continuais à donner le meilleur. C'est un processus très insidieux. Et c'est mon médecin qui m'a un jour fait prendre conscience que j'étais en burnout. Moi, je ne voulais pas l'admettre. " Jusqu'au jour où elle décide, suite à un travail de coaching, de négocier sa sortie. " Aujourd'hui, je prends le temps d'explorer et de me former, pour construire un projet professionnel en phase avec mes valeurs de liberté et d'autonomie. "
Michel Colas, 53 ans
" Il fallait toujours en faire plus en moins de temps "
Michel Colas a été cadre dans les assurances pendant près de vingt ans. Au bout d'un moment, le niveau de stress est devenu tellement intenable qu'il a commencé le yoga. " Cela m'apportait beaucoup, notamment dans la gestion du stress et les relations avec les autres. " Il s'est tellement passionné pour cette discipline qu'il a décidé de se former de façon intensive. Cet à-côté ne lui rendait pas pour autant son enthousiasme au travail. Michel Colas se sentait de plus en plus mal, dans un métier où " il fallait toujours en faire plus en moins de temps, et où la déshumanisation était importante. " Il avait également " beaucoup de mal avec la course au profit. "
En 2004, le responsable de production d'un bureau de courtage en assurances est licencié. Le yoga ne le met malheureusement pas à l'abri d'un burnout et d'une dépression… Aujourd'hui, il a développé son activité. Il anime des séances de yoga pour particuliers et en entreprise. " Ce que je vois dans les entreprises me laisse penser que la situation empire. Quand je vois des gens pleurer parce qu'ils se sont fait virer en dix minutes après trente ans de métier, j'avoue que j'ai un peu de mal. " Avec le recul, Michel Colas voit son propre licenciement comme un coup de starter. " Ce que j'ai développé à partir de là répond à un vrai projet de vie, un désir de vivre avec d'autres valeurs. "