Des esthéticiennes sociales
© Hélène Vallée Ça se passe dans les quartiers de la Cité ardente. Maud Veneberg et Manuela Carrera, sociologues de formation, s’amusent à « refaire le monde ». Elles imaginent un centre de bien-être d’un nouveau genre. Pas seulement à destination des nantis, qui constituent la clientèle habituelle des salons de beauté. Mais un salon pour des personnes fragilisées qui ont besoin de soins esthétiques pour retrouver de l’estime de soi. Cet « espace coopératif d’esthétique » baptisé M’toi veut aider à « être bien dans sa peau ». Le besoin semble réel.
Évoluant dans les quartiers défavorisés de Liège, Maud constate que les mères « avaient envie d'être entre elles ». D'où son idée de leur consacrer un local. « Dans le quartier, elles sont surtout mères au foyer. Les hommes ont plus facilement une vie sociale, par le travail », explique-t-elle. Les soins du visage et le maquillage sont de bons prétextes pour faire venir les femmes. « Certaines sont en Belgique depuis peu et n'osent même pas aller chez le coiffeur, parce qu'elles ne maîtrisent pas le français », poursuit Maud. « Notre projet est plus large que de simples soins de visage, de manucure ou de pédicure. Nous voulons encourager la resocialisation par le plaisir de prendre soin de soi. »
Complices depuis leurs études, Maud et Manuella font leur première expérience professionnelle en tandem, au sein de l’Institut de développement européen de l'économie sociale (ASBL Idées). C’est là qu’elles se sensibilisent « au mode de gestion coopératif et démocratique : un homme, une voix permettant d'influer sur les choix ». En pratique : « L’AG d’une coopérative peut décider de réinvestir les bénéfices engendrés par la société, de les répartir sur les salaires, de financer un autre projet ou de les répartir entre coopérateurs à raison de 6 % maximum », explique Maud.
Après avoir reçu une bourse de faisabilité puis de lancement via le fonds ImpulCera, les deux complices se sont associées à une esthéticienne professionnelle. En quelques mois, plus de trente coopérateurs ont rejoint le projet. M’Toi va engager deux esthéticiennes et nouer des partenariats avec diverses institutions pour toucher un public fragilisé. Mais pas seulement. « Nous serons implantés dans le quartier Hors-Château et serons ouverts à tous, avec un salon d’attente où les artistes pourront exposer. Mais aussi un service à domicile adressé aux personnes à mobilité réduite, aux ainés et même au milieu carcéral ». Ouverture espérée le 1er septembre.
Un tremplin pour les jeunes infraqualifiés
« Sans Exaris, je pense que je serai toujours au chômage », confie Pascale, Schaerbeekoise de 20 ans, sortie en juin dernier de l’école sans qualification. Comme un millier d’autres jeunes en quatre ans, elle est passée par les services d’Exaris Interim, agence visant l’intégration des jeunes Bruxellois infraqualifiés sur le marché de l’emploi.
En février 2007, conscients des difficultés rencontrées par les jeunes Bruxellois à trouver un poste stable, Daoust, Actiris et Febecoop (Fédération belge de l’économie sociale et coopérative) s’associent pour créer Exaris intérim. L’agence située boulevard Adolphe Max se différencie de l’intérim classique grâce à son action de job coaching individuel. Avec l’espoir d’offrir des missions d’intérim qui serviront de tremplin vers un contrat fixe.
Chaque jeune de 18 à 30 ans est pris en charge de manière individuelle par un des employés d’Exaris. « Les jeunes à qui nous ouvrons nos portes ont souvent des parcours chaotiques et des situations familiales difficiles. Ils sont inscrits dans d’autres agences, mais n’obtiennent jamais de rendez-vous ni de proposition », explique Marie-Cécile Jacques, directrice d’Exaris. « Nous essayons de ressortir le meilleur de leur personnalité, de pointer leurs qualités et de chercher leurs compétences au-delà du CV. Notre rôle, c’est de les remettre debout. »
Pour les jeunes en difficulté, le job coaching se révèle une méthode payante. Préparation d’entretien, accompagnement sur le lieu de travail, savoir-être, testing… En moyenne, les intérimaires profitent du dispositif pendant deux mois. « Nous sommes là pendant leur recherche et leur mission », précise Marie-Cécile Jacques. « Une cinquantaine d’entreprises nous font confiance et embauchent nos jeunes. Souvent, quand ils prennent le temps de rencontrer nos candidats, la glace se brise. Ils se rendent compte qu’avec un peu de confiance et d’encadrement, ils sont capables de fournir du travail de qualité. » En quatre ans d’existence, 1 077 personnes venant principalement de Bruxelles, Schaerbeek, Molenbeek et Anderlecht ont été mises au travail et 222 ont signé un contrat à durée indéterminée. Un exploit pour une structure qui ne compte que quatre employés.
ImpulCera aide à financer votre projet
Deux fois par an, ImpulCera octroie des bourses aux candidats porteurs d'un projet ou d'une idée d'entreprise à forte plus-value sociale. Dans un premier temps, une bourse de 5 000 € permet d’évaluer la faisabilité du projet, augmentée d’une bourse de 10 000 € pour véritablement lancer l’activité et créer l’entreprise. Les candidatures peuvent être envoyées jusqu’au 15 août 2011. À terme, sept nouveaux projets seront sélectionnés. Pour les projets bruxellois, l’accent sera mis sur l’alliance emploi-environnement et le secteur de l’écoconstruction.
Infos et inscriptions : www.impulcera.be
Les plateformes pour l'entrepreneuriat social
En Wallonie et à Bruxelles : www.econosoc.be, www.saw-b.be
Les agences-conseils
En Wallonie et à Bruxelles : www.apaces.be (regroupe 11 agences-conseil)
Les organismes de financement
En Wallonie et à Bruxelles : www.credal.be, www.sowecsom.be
En Belgique : www.triodos.be, www.fonds.org
Outils et infos utiles : www.pointexpertises.be