Employé dans une centrale nucléaire: "Rien n’est laissé au hasard quant à la sécurité"
© Dominic Verhulst Peter Moens travaille depuis 13 ans à la centrale nucléaire de Doel, où il est responsable de l’un des départements d’entretien. Il vit avec sa femme et leur fille à quelques kilomètres de la centrale. Est-il inquiet à la vue des images du Japon?
"Ici, je me sens en sécurité"
“Inquiet? Absolument pas. A vrai dire, je viens chaque jour travailler avec autant de plaisir. Je me sens ici particulièrement en sécurité, justement parce que je sais mieux que quiconque à quel point les règles de sécurité sont étendues et bien pensées. Avant de travailler à la centrale, j’étais employé dans le secteur du dragage et je peux vous assurer que je me sens plus en sécurité aujourd’hui que dans mon ancien job. Au début de ma carrière ici, j’ai immédiatement reçu une formation de base de 18 mois. Aujourd’hui encore, après toutes ces années, le nombre de semaines de formation que je dois suivre chaque année est impressionnant. Je sais donc mieux que quiconque comment la centrale est construite, quels backups et systèmes de sécurité y sont intégrés, en plus des doubles procédures, plan d’urgence, etc.”
"Exercice catastrophe 3 fois par an"
“A Doel, il existe un plan d’urgence dans lequel les responsabilités sont bien définies. Des médecins de garde aux équipes d’entretien, tout le monde sait très bien ce qu’il doit faire en cas de catastrophe. Nous sommes également entraînés deux à trois fois par an et devons aussi passer des examens. Dans les situations critiques, ce n’est pas à nous qu’il revient de décider d’une éventuelle évacuation du personnel : nous transmettons toutes les infos au centre de crise du gouvernement et ce sont eux qui décident de l’évacuation des riverains et, si nécessaire, de la centrale même.”
"Pas question de sacrifier sa vie"
Les choses sont un peu différentes pour le personnel qui occupe la salle de contrôle de la centrale. “Ils travaillent dans un système de rotations et doivent en principe toujours rester en poste. J’ai moi-même dû passer un examen pour pouvoir éventuellement intervenir à partir de la salle de contrôle et appliquer les procédures d’urgence. On peut comparer cela au travail d’un pilote: tous les 6 mois, nous entrons dans le simulateur qui nous fait exécuter l’une ou l’autre procédure d’urgence. A ce moment-là, nous devons pouvoir arrêter la centrale en toute sécurité, selon des procédures bien précises. Tous les collègues qui disposent d’une licence pour occuper la salle de contrôle sont évidemment bien conscient qu’en cas d’accident, ils devront prendre leurs responsabilités. Nous recevons pour cela aussi un entrainement très complet. Mais il n’a quand même jamais été dit que nous devrions sacrifier notre vie pour en sauver d’autres. Je ne sais même pas si c’est à l’ordre du jour en ce moment au Japon: à partir du moment où le risque devient vraiment trop important, les gens sont évacués."
"Ma femme est tranquille"
"Naturellement, les évenements qui se déroulent là-bas en ce moment nous trottent dans la tête et nous compatissons avec nos collègues japonais, mais cela ne signifie pas que je commence tout à coup à m’inquiéter à cause de ma situation professionnelle. Et cela vaut pour ma famille aussi: ma femme ne se montre pas une seule seconde inquiète, parce qu’elle sait qu’en Belgique absolument rien n’est laissé au hasard quant à notre sécurité.”
Photo: Dominic Verhulst