Et si votre employeur cherchait à vous rendre... heureux ?

Happy RH. Une promesse ? Plutôt un postulat : permettre aux femmes et aux hommes d'être libres et responsables les rend plus heureux et donc... plus performants. Tel est le credo de Laurence Vanhée, qui revendique haut et fort son titre de Chief Happiness Officer. Et l'assume pleinement. Jusqu’à présenter un débat sur la question au salon Talentum Liège, le 17 septembre prochain.

Intituler un livre « Happy RH » dans le contexte actuel... Vous aimez la provocation ?

Il y a effectivement un côté provoc, mais je l'assume d'autant plus facilement... qu'il ne résiste pas à l'analyse. Le propos central de mon livre est en effet que le bonheur et la performance ne sont pas contradictoires, mais se renforcent mutuellement. Un employé heureux est plus performant, plus créatif, plus loyal, moins absent, moins malade. Un tel postulat, qui a été prouvé par de multiples enquêtes, reste bien évidemment valable en période de changement, de crise, de profondes mutations.

Votre vision du bonheur est-elle donc utilitariste ?

Le bonheur au travail n'est pas la finalité, mais le chemin vers une performance rentable et durable. Il est à mes yeux du devoir des ressources humaines de déployer les moyens pour que chacun trouve son bonheur dans l'organisation, puisse s'y épanouir et, par ce biais, permette à celle-ci d'obtenir des résultats plus positifs pour ses clients, ses actionnaires et autres parties prenantes... parmi lesquelles d'ailleurs ses propres collaborateurs. Ces moyens pour réconcilier les deux dimensions – bonheur de l'individu et performance de l'organisation – se résument en réalité en quelques mots : la liberté et son corollaire, la responsabilité.

Concrètement ?

Davantage de liberté pour organiser son temps : horaires décalés, télétravail, entre autres. Ils permettent aux employés de s'organiser en souplesse, pour autant qu'ils fassent le choix d'en bénéficier dans le respect de leur responsabilité vis-à-vis de leur employeur. Davantage de liberté de lieu : peu importe finalement l'endroit où on travaille (du moins si on est dans le domaine de la connaissance), qu'il s'agisse du train, de l'avion, de la maison, d'un bureau satellite ou d'un espace de coworking. Il s'agit là de nouvelles façons de travailler qui commencent, progressivement, à percoler dans le monde du travail.

Mais on peut, dites-vous, aller plus loin...

Je pense notamment à la liberté de rôle, particulièrement pertinente lorsqu'on travaille sur des projets de manière transversale. Pourquoi ne pas laisser le choix à chacun de s'y inscrire de manière volontaire ? Quitte à découvrir qu'un collaborateur est intéressé et très motivé... alors qu'on n'avait pas pensé à lui. De telles équipes délivrent des résultats plus rapides, plus consistants, parfois même beaucoup plus impressionnants !

Vous avez mis en œuvre ces concepts de Happy RH dans un environnement particulier : le SPF Sécurité sociale, dont vous gérez les ressources humaines. Sont-ils transposables partout ?

Je me réjouis vraiment d'avoir pu travailler avec le soutien d'un comité de direction très ouvert à l'innovation, sous la responsabilité de Frank Van Massenhove, qui est une personnalité charismatique (en partance pour la SNCB, NDLR). C'est sympa qu'un service public puisse jouer le rôle de précurseur, mais il n'est évidemment pas le seul : de multiples initiatives ont été prises en ce sens à la Police, dans la bancassurance (Ethias, AXA, ING...), dans des groupes industriels (UCB...), dans de petites ou grandes organisations. Il ne faut pas nécessairement s'appeler Google pour tendre vers une Happy Organisation.

Il n'est donc pas question d'imposer ces nouvelles formes de travail ?

Ce serait impossible, car les attentes de chacun sont par définition individuelles. Un digital native, par exemple, qui est né avec un iPhone dans la main, sera très réceptif à la liberté de travailler à toute heure, en tout lieu... pour autant qu'il soit connecté. Mais d'autres personnes seront plus sensibles à la liberté de choisir leur rôle, de s'inscrire dans un projet dans lequel on ne les attendait pas. C'est un peu comme un plan cafétéria, bien connu dans le domaine des avantages extralégaux : l'employeur propose, et le collaborateur dispose dans le cadre qui lui est proposé.

Avouez-le : les Happy RH suscitent de la résistance...

Je dirais plutôt du scepticisme, parfois : C’est quoi cette histoire de Bisounours ? Mais pour autant qu'on en discute de manière sereine, la démarche suscite rapidement l'adhésion : Comment implémenter cela chez moi ? Du reste, liberté est laissée à chacun de s'inscrire ou non dans la démarche. Si un collaborateur préfère trouver son bonheur dans un univers plus formalisé ou hiérarchisé, pourquoi pas ? En toute franchise, les réticences s'expriment davantage sur le fond que sur la forme : les termes utilisés sont neufs, un peu 2.0, mais je les assume complètement !

Y compris votre titre de Chief Happiness Officer ?

Je le préfère en tout cas à celui de directrice des ressources humaines : nous n'exploitons pas des « ressources », mais faisons fructifier un patrimoine humain. J'ai découvert le concept de Chief Happiness Officer à l'étranger et je me le suis approprié, car il correspond totalement à la manière dont je conçois ma mission : créer les conditions pour rendre les collaborateurs heureux et donc performants. Ce titre n'est donc pas un gadget : il est inscrit sur mes cartes de visite. Mais je ne l'utilise pas pour signer des documents administratifs officiels, par délégation de signature, car le terme n'existe pas dans la loi. Chief Happiness Officer : quel plus beau projet que de contribuer à une organisation qui cultive le bonheur ?

À LIRE

Happy RH, par Laurence Vanhée, éd. La Charte, 224 p., 29 €.

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