Festivals d’été: qu’en est-il de la sécurité?
Le drame de l'édition 2011 du Pukkelpop a marqué les esprits. Cinq festivaliers ont perdu la vie dans la tempête qui a causé l'effondrement de deux scènes. Alors que certains festivaliers exigent le remboursement de leurs billets, nous avons interrogé deux responsables de la sécurité des Lokerse Feesten et Esperanzah! Que font-ils pour éviter une telle tragédie?
Quelles mesures prenez-vous? En quoi consiste votre plan de sécurité?
Pascal D'Hollander, Lokerse Feesten:
"Cela revient à aménager le terrain de telle façon que le public voit toujours une sortie. De cette manière, la foule peut immédiatement sortir au cas où la panique se répand. Pensez à l’incident pendant la cérémonie de commémoration des morts à Amsterdam en mai. Quelqu’un de le public à crié ‘Une bombe, fuyez!’. La panique s’est répandue comme une trainée de poudre et tout le monde essayait de filer. Un bon plan de sécurité tient compte de ce genre d’éventualité. Nous savons aussi que les gens qui paniquent essaient toujours de retourner vers leur point de départ. C’est pourquoi nous prévoyons un espace vide à l’entrée du terrain des Lokerse Feesten. Si nous voyons que l’espace est rempli, nous ne laissons plus de nouveaux visiteurs entrer. C’est une décision que nous avons prise en accord avec la police et les pompiers."
Pierre-Alain Breeveld, Esperanzah!:
"Comme pour tous les événements, nous avons des protocoles à suivre et des mesures à prévoir pour l’évacuation, la protection en cas de bagarre, etc. La seule spécificité sur ce festival consiste en la particularité du terrain: nous sommes sur un site classé, et nous avons donc dû prévoir quelques adaptations de notre plan de sécurité. Nous avons par exemple dû modifier la disposition de certains stands afin de laisser libre l’espace obligatoire de 4 mètres pour permettre le passage de véhicules de secours. Mais nous avons tout au long de l’année des réunions de préparation avec le comité organisateur, dont je fais partie, la ville de Floreffe, les pompiers, et la prévention médicale pour tout mettre en place. Et puis le festival a lieu ici chaque année, donc nous sommes à présent bien rodés. "
Les autorités vérifient-elles ce plan de sécurité?
Pascal D'Hollander, Lokerse Feesten:
"Nous soumettons notre plan au conseiller de la sécurité de la ville de Lokeren. Les autorités ont en effet leurs règles et nous les respectons. Il faut dire que je fais ce travail depuis 17 ans maintenant, et une confiance mutuelle s’est établie. Nous n’avons plus de réunions interminables. Tout le monde sait ce qu’il y a à faire."
Pierre-Alain Breeveld, Esperanzah!:
"Le commandant des pompiers passe sur le site avant l’ouverture du festival, pour vérifier que tout est ordre et que toutes les mesures de sécurité ont été respectées. Il peut arriver que l’un des stands ne soit pas validé. Le commerçant concerné n’aura alors pas le droit d’ouvrir. La règle vaut également pour le festival: en cas d’infraction, les portes d’Esperanzah! resteraient closes. Mais un tel incident ne s’est jamais produit. Il est dans notre intérêt à tous les niveaux de respecter les mesures imposées."
Prenez-vous des mesures particulières pour les artistes?
Pascal D'Hollander, Lokerse Feesten:
"Les gens pensent que les groupes plus brutaux auraient besoin de sécurité renforcée. Mais les choses peuvent aussi bien dégénérer devant Clouseau que devant Alice Cooper. Une foule reste une foule. Nous ne prévoyons donc pas davantage de mesures que celles déjà mise en place dès le départ pour prévenir les incidents."
Pierre-Alain Breeveld, Esperanzah!:
"Nous avons bien évidemment des agents de sécurité attachés à la protection des loges, mais nous ne prévoyons aucune mesure particulière pour les artistes, à moins que l’un d’eux demande spécifiquement la présence d’un garde du corps personnel. Mais ce n’est a priori pas dans l’esprit des artistes présents sur Esperanzah! Nous sommes un festival très convivial et aussi bien les artistes programmés que le public partagent cette mentalité."
Quel budget consacrez-vous à la sécurité?
Pascal D'Hollander, Lokerse Feesten:
"Le budget nécessaire. Il est difficile de donner un montant exact. Il diffère d’année en année. Nous avons investi en cours d’année dans des caméras et des Mojo Barriers (barrière Nadar, Ndlr), mais nous pourrons les utiliser pendant longtemps. En fait, l’investissement le plus important est le capital humain, les bénévoles."
Pierre-Alain Breeveld, Esperanzah!:
"Notre budget sécurité pour cette année s’élève à 48.000 euros. C’est le plus gros poste de dépenses du festival. Nous ne lésinons pas sur la dépense pour éviter le moindre incident. "
Combien de personnes sont affectées à la sécurité? Quel est leur profil?
Pascal D'Hollander, Lokerse Feesten:
"Nous travaillons avec une centaine de personnes, toutes bénévoles. Il y a des responsables des contrôles à l’entrée, de l’avant-scène, … Pour les mettre au courant du plan de sécurité et de leur rôle, j’organise deux fois par an une réunion de sécurité, en mai et juste avant l’ouverture du festival. Je leur montre l’emplacement des sorties de secours, et comment elles doivent être utilisées. Il est de la plus grande importance que ces gens soient conscients de l’importance de leur boulot. J’essaie de leur montrer avec des vidéos, comme par exemple celle de la catastrophe de Duisburg."
Pierre-Alain Breeveld, Esperanzah!:
"Nous employons une société de sécurité privée, avec 55 personnes présentes sur le site. On différencie plusieurs profils. Il y a des agents de sécurité, agréés par la loi Tobback, habilités à contrôler les accès et effectuer les fouilles à l’entrée ; les stewards, chargés de gérer la foule ; et enfin les équipes médicales, qui sont en général composées de pompiers. Nous n’employons aucune personne sur base bénévole, nous ne prenons que des professionnels."
Quel est votre rôle pendant le festival?
Pascal D'Hollander, Lokerse Feesten:
"J’ai ma place dans le poste de commandement à l’entrée du terrain. De là j’ai une bonne vue d’ensemble. Il y a aussi des caméras à certains endroits pour que nous puissions garder les festivaliers à l’œil partout. Si un incident se produit, nous pouvons réagir immédiatement. Dans le poste de commandement se trouvent aussi toujours au moins un pompier et un agent. "
Pierre-Alain Breeveld, Esperanzah!:
"Je suis organisateur d’événements à temps plein auprès de la société Full Productions. Je travaille donc aussi sur d’autres manifestations. Je suis membre du comité organisateur du festival Esperanzah! tt suis chargé de tout le volet sécurité, du volet technique et de la gestion des campings. J’ai également une formation de secouriste qui me permet d’intervenir directement en cas d’incident."
Un incident grave a-t-il déjà eu lieu?
Pascal D'Hollander, Lokerse Feesten:
"A ma plus grande joie, je peux dire qu’au cours de ces dix dernières années, il ne s’est pas produit le moindre incident digne de ce nom. Pourvu que cela dure!"
Pierre-Alain Breeveld, Esperanzah!:
"Non, il en s’est heureusement jamais produit le moindre problème. Un incident comme celui de la Love Parade à Duisburg nous fait vraiment mal, c’est toute notre profession qui est touchée. Mais nous avons toujours tout mis en œuvre pour que l’événement se déroule pour le mieux, et nous continuerons à le faire."
Fiche technique des festivals
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Esperanzah! |
Lokerse feesten |
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Date |
6, 7 et 8 août 2010 |
Du 30 juillet au 8 août |
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Lieu |
Abbaye de Floreffe (Namur) |
De Grote Kaai à Lokeren |
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Nombre de visiteurs |
10.000/jour |
120.000 sur les 10 jours |
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Nombre d’artistes |
42 (sans compter les artistes hors scène) |
46 |
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Budget sécurité |
48.000 euros |
"Il est difficile de donner un montant exact." |
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Nombre d’agents de sécurité |
55 |
Une centaine |
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Nombre de travailleurs total (bénévoles et salariés) |
1.450 par jour (Sécurité & équipe médicale, parking, nettoyage, presse, décoration,…) |
Environ 650 |
Texte: Elodie Fontaine, Hermien Vanoost
