Fin de parcours pour la voiture de société ?

bedrijfswagen-2.jpg © Jonas Lampens

Une enquête exclusive de Références. L'augmentation de la fiscalité décidée par le gouvernement " papillon " est très mal perçue par les salariés qui bénéficient d'une voiture de société. Pas moins de 73 % d'entre eux sont persuadés qu'il s'agit d'une mesure néfaste, selon l'enquête exclusive réalisée par Références auprès de 4 000 d'entre eux (7 660 répondants au total).

Plus de la moitié des salariés concernés s'interrogent : la voiture de société restera-t-elle un avantage attractif ? Mais seuls 3 % d'entre eux envisagent de renoncer à leur précieux avantage…

La voiture de société, c'est un must en Belgique. Un avantage incontournable pour plusieurs centaines de milliers de salariés : 375 000 selon Renta, l'association professionnelle des loueurs de véhicules ; près de 600 000 selon les documents parlementaires officiels, voire un million selon d'autres estimations, ce qui porterait la proportion de bénéficiaires à près d'un salarié sur quatre dans notre pays.

La raison du succès ? Pour 85 % des 4 112 détenteurs de voiture de société interrogés par Références, il s'agit d'un moyen de compenser le niveau élevé des charges pesant sur le travail, ce point de vue étant bien évidemment largement partagé par les employeurs qui y voient un constituant incontournable de tout package salarial attractif. C'est dire si les mesures décidées par le gouvernement " papillon " font peur.

Pas moins de 73 % des bénéficiaires d'une voiture de société pensent qu'elles sont néfastes. Mais ils sont tout de même 43 % à penser que l'avantage restera attractif à l'avenir et… seuls 3 % d'entre eux se déclarent, en l'état, prêts à y renoncer.

Ces interrogations sont largement partagées par les professionnels du secteur, dans la mesure où ils estiment que 80 % à 90 % de la hausse de la fiscalité décidée par le gouvernement sera en réalité à charge des bénéficiaires.

Pour rappel, la nouvelle fiscalité, qui vise à augmenter le rendement annuel de la taxation sur cet " avantage de toute nature " de 500 millions à 700 millions d'euros, tient non seulement compte des émissions de CO2 mais aussi de la valeur du véhicule, toutes options comprises, et non plus de la distance entre le domicile et le lieu de travail.

Résultat ? Ce sont essentiellement les bénéficiaires des voitures les plus onéreuses - les cadres, notamment - qui vont passer à la caisse. Si certains salariés devaient certes voir la valorisation de leur avantage diminuer de 1 500 € à 1 200 € en moyenne, d'autres verront leur contribution doubler, passant de l'ordre de 3 000 € à 7 000 €, voire tripler.

" Près de 100 % de l'augmentation va porter sur la moitié des véhicules situés au-dessus de la médiane (de type VW Passat) ", analyse Philippe Verwilghen, le président de Renta. "

Celles et ceux qui ont fait le choix de leur véhicule sur base des anciens critères et qui vont être imposés sur base des nouveaux pendant deux, trois ou quatre ans sont piégés. Ils vont aller trouver leur employeur et cela va générer de longues discussions… "

De là à imaginer les cadres se ruer à la direction des ressources humaines pour exiger de rouler en Renault plutôt qu'en Audi, par exemple, il y a une marge que nombre d'interlocuteurs se refusent à franchir.

Calculez le coût de votre voiture en 2012 !

" Je ne doute pas une seconde que les fiscalistes vont travailler à plein régime pour imaginer des moyens " d'atténuer " les effets de ces mesures ", commente le DRH d'une grosse entreprise, sous couvert d'anonymat. " Il y a des marges de manœuvre au sujet de la notion de prix catalogue, voire par le biais du transfert d'une même voiture à une filiale en occasion, afin d'en amoindrir la valeur et donc l'avantage théorique pour le bénéficiaire. Ce qui paraît probable, en revanche, c'est que le recours aux voitures " full options " va diminuer. " 

Ce qui est probable également, c'est que si nous devions réitérer notre enquête dans un an, les résultats en seraient sensiblement différents. Alors que 64 % des bénéficiaires d'une voiture de société ont reçu cet avantage de manière automatique à l'engagement, la liberté de choisir entre cet avantage et un autre étant refusée dans 83 % des cas, on peut imaginer que certains candidats tenteront de négocier plus assidûment à l'avenir afin de diminuer l'impact financier de la voiture qui leur est " imposée " ou afin d'obtenir une compensation.

La ventilation des caractéristiques les plus importantes d'une voiture de société pourrait, elle aussi, changer. À l'heure actuelle, le top 3 des critères les plus importants aux yeux des bénéficiaires est la taille, le modèle et les options (pour plus de 60 % des répondants), alors que la valeur du véhicule n'est très essentielle que pour 20 % d'entre eux.

Vu l'impact de cette valeur sur la détermination de l'avantage de toute nature, il est probable que ce critère reçoive très rapidement un intérêt tout particulier...


Méthodologie

L'enquête a été réalisée en ligne du 8 au 14 décembre 2011 auprès de 7 660 personnes, dont 4 112 bénéficiaires d'une voiture de société. Le profil de ces derniers : majoritairement des hommes (59 %), la tranche d'âge la plus importante étant celle des 25-34 ans (43 %) devant les 35-44 ans (34 %) et les 45-54 ans (17 %). Quelque 61 % des détenteurs d'une voiture de société sont titulaires d'un master (39 % ont un bachelor). On notera sans surprise qu'ils exercent en proportion plus importante des fonctions d'encadrement et qu'ils sont le plus souvent actifs dans une multinationale.

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