Formation: Quand les étudiants jouent à faire des affaires…
© DR Pendant deux jours, fin février, 350 étudiants en management et en gestion venus des quatre coins du monde mais surtout de nos meilleures universités se sont affrontés lors du Solvay Business Game. Les grandes entreprises étaient présentes, pas seulement pour soumettre aux concurrents des case studies : elles venaient repérer les talents.
Apprendre en s'amusant. C'est ce qu'ont recherché 350 étudiants en management et en gestion ces 25 et 26 février dernier à l'hôtel Sheraton lors duSolvay Business Game. Ils sont venus de toute l'Europe et même du monde, mais surtout de nos meilleures universités et écoles de commerce: LSM, Solvay, Ichec, etc. Que du beau monde ! Et les entreprises l'ont bien compris. Unilever tout d'abord, qui est le sponsor principal. La Deutsche Bank, GDF Suez Electrabel, Eli Lilly, Ergo et le holding SNCB ensuite. Toutes ces entreprises de renom ont proposé de véritables cases studies aux étudiants. Des cas proches de la réalité des entreprises que nos futures élites en management ont dû résoudre dans un temps (très) restreint. Du stress donc, mais c’est le but nous dit-on. Afin que les entreprises repèrent de jeunes talents. Et que les jeunes acquièrent de l’expérience en situation (quasi) réelle.
Le Solvay Business Game est un des « jeux d'affaires » les plus importants en Europe, organisé par et pour les étudiants. Ambiance assurée donc : bar à cocktail, repas servi sur place, et même une chambre dans un hôtel 4 étoiles à un prix très « étudiant ». « Tout est fait pour eux », nous confie Michaël de Belva, le président de l’événement. « Un des buts est de les sortir de l’ambiance académique pour les plonger dans un cadre différent, celui des affaires. » Mais pas question ici d'une fête alcoolisée dont les étudiants ont le secret. Costume pour les garçons, tailleur pour les filles. On joue mais... sérieusement.
Créativité et éloquence
Inscrits par groupe de deux, les étudiants ont dû résoudre quatre cas d’étude basés sur des situations proches du réel des entreprises. Quatre cas, pour quatre disciplines différentes : stratégie, marketing, éloquence et un cas bancaire proposé par la Deutsche Bank. L'entreprise Unilever, par exemple, qui est le parrain de l'événement, a demandé aux étudiants d'imaginer une stratégie de développement pour un produit nouveau. Ce case study a obligé les étudiants à faire preuve d'une grande créativité et à imaginer tous les aspects qui entourent le lancement d'un produit : mise en place d'un plan d'action, d'une stratégie de communication et d'un plan financier. Tout cela en respectant les objectifs de développement durable que l'entreprise s'impose aujourd'hui dans tous ses projets d'affaires.
Les meilleures équipes de chaque épreuve ont été sélectionnées pour la finale. Et les finalistes ont passé l'épreuve ultime devant un jury composé de représentants des entreprises et de professeurs d'universités. C'est sur leur éloquence qu'ils ont été jugés cette fois. À côté des meilleurs contenus, il fallait trouver les meilleurs contenants...
Deux fois plus de candidats chaque année
Le Solvay Business Game a de plus en plus de succès. Les inscriptions ont été clôturées en une semaine nous confie les organisateurs. Mais les débuts ont été difficiles, se rappelle Pablo Castel Gazier, un des deux fondateurs de l'événement : « La première année nous n'avions ni salle ni sponsors et peu de participants. Depuis quatre ans que l'événement existe, il double de taille chaque année. Ça fait chaud au cœur de voir comment il a évolué. » Belle récompense donc pour cet ancien de Solvay.
Quant à la langue, c'est l'anglais qui s'impose car l'événement est devenu de plus en plus multiculturel et international. « Il y a 20 % d'étudiants de Solvay, 30 % de francophones, 30 % de néerlandophones et 20 % d'étudiants internationaux », affirme Michaël de Belva. Une preuve de plus que l'événement s’est fait une bonne réputation à l'international également. Les cas d'étude soumis par les sociétés sont d'ailleurs d'un réalisme et d'une qualité surprenante. Et la presse n'est pas toujours la bienvenue. Certains cases studies sont tellement réalistes qu'ils sont classés « secret stratégique » par les entreprises... On vous l'avait bien dit, c'est du sérieux !
Deux finalistes comblés
Koen Decourt
Etudiant à la Katholieke Universiteit Leuven. En dernière année de sa formation en ingénieur commercial, il souhaitait participer à un challenge et nouer des contacts avec des entreprises. Le Solvay Business Game lui a plutôt réussi, il a été jusqu'en finale. Ce qui lui a permis de gagner laptop, week-end en Ardenne et autre sac à dos à énergie solaire pour recharger ses appareils portables. Tout ce dont il a besoin pour poursuivre sa carrière de « businessman ». Car le monde des affaires n'est pas totalement inconnu pour lui. Il a créé une société d'importation de vins mousseux venant de Slovaquie avec des amis. Il vous tend d'ailleurs sa business card pour se présenter. Ce qu'il va faire en sortant de la KUL ? Travailler dans le secteur bancaire ou de la consultance stratégique ou en management. Toujours les affaires...
Caroline Ciesla
En dernière année de son cursus à la Louvain School of Management (UCL), elle voulait participer à une compétition et voir jusqu’où elle pouvait aller. Elle a dépassé ses limites lors de ce Business Game jusqu’à aller en finale et à participer à trois présentations devant le jury. Fier d’elle, elle ne s’attendait pas à aller aussi loin dans le jeu. Cela a été pour elle une très bonne expérience. Actuellement dans l’option marketing, elle veut d’abord partir à l’étranger, faire des stages… avant de se fixer des objectifs professionnels trop précis. Et comme une chose en appelle une autre, nous dit-elle…
Entretien: "C’est là qu’on peut repérer les futurs talents"
Yannick Grecourt, responsable du Marketing et de la Stratégie à la Deutsche Bank Belgique.
Quel cas avez-vous proposé aux étudiants ?
Nous avons proposé un cas proche du réel. Un cas similaire à ceux rencontrés par les professionnels de la Deutsche Bank. Celui d'un épargnant qui veut investir son argent pour assurer ses vieux jours et aussi aider ses enfants financièrement le jour où ils s'installeront. La réflexion portait sur comment investir, en actions ou en obligations, dans quelle proportion et pourquoi. Ce qui nous intéressait, c'est de voir comment les étudiants allaient réagir et quelles solutions ils allaient nous proposer. Et de voir aussi ceux qui allaient faire preuve d’une bonne capacité d’écoute vis-à-vis des clients et de leurs besoins. Car cette dernière compétence ne s’apprend pas à l’université.
Pourquoi la Deutsche Bank s'intéresse-t-elle à un tel événement ?
Principalement pour des raisons de recrutement. C'est dans un tel événement qu'on peut repérer les futurs talents. De plus, c'est un événement assez exclusif. Il n'y a que cinq ou six partenaires. D’ailleurs, certains membres de notre comité de direction étaient présents. C'est bien la preuve que nous avons pris cet événement au sérieux. Nous voulions aussi démontrer aux jeunes que travailler dans une banque de détail pouvait encore avoir un intérêt. Ce qui, de nos jours, n’est peut-être pas inutile de rappeler.
Vos impressions générales ?
Ça fait chaud au cœur de voir 350 étudiants de cette qualité passer leur vendredi et samedi pour participer à une telle expérience. C'est une initiative remarquable, bien organisée, de manière professionnelle. Les étudiants aussi ont joué le jeu jusqu'au bout. Ils ont été très sérieux et très professionnels. Ils étaient très motivés. C'est rassurant de voir que des étudiants de cette qualité vont bientôt arriver sur le marché de l'emploi.
Texte: Philippe Laperche - Photo: DR