Job insolite: primatologue sur le continent asiatique

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Fany Brotcorne (28 ans) réalise un doctorat à l'univeristé de Liège au sein de l'unité de biologie du comportement. Elle étudie durant des mois des singes en milieu naturel avant d'analyser ces résultats en Belgique.

Nous poursuivons et achevons notre rubrique d'été sur les jobs insolites par une plongée en jungle dans le monde des primates et plus précisemment des macaques à longue queue de l'île indonésienne de Bali. Cette éthologue-primatologue nous explique son métier passion.

Fany, dites-nous en plus sur cette fonction de primatologue !

"J'effectue des recherches sur le comportement et l'écologie des primates. Dans mon unité, nous sommes plusieurs à nous intéresser à ces animaux en différents endroits du globe. Pour ma part, je suis active sur le continent asiatique. Le but de ces recherches est de dégager des pistes et des stratégies en terme de conservation sur le long terme de ces espèces. Nous tentons aussi d'améliorer les relations hommes-singes."

Vous partez donc régulièrement à l'étranger.

"Le ratio est de six mois là-bas et six mois en Belgique. Je travaille principalement sur l'île de Bali où j'observe trois groupes différents de macaques à longue queue. Je les suis du levé du jour au couché du soleil. Je m'intéresse à ce qu'ils mangent, leurs relations sociales, leur habitat, leur démographie... Il s'agit, pour la plupart, de singes qui ont des contacts réguliers avec l'homme. Toute la difficulté tient en la nécessité de maintenir la neutralité de notre présence. Celle-ci ne doit en aucun cas influencer leur comportement naturel."

Et la partie de votre travail effectuée en Belgique, en quoi consiste-t-elle?

"Durant ces mois passés à l'étranger, j'ai recueilli de nombreuses données grâce à des techniques scientifiques d'échantillonnages. En Belgique, je les analyse à tête reposée et je publie ensuite des rapports, des articles sur le sujet."

Plus jeune, avez-vous été influencée par le film sur la vie de Diane Fossey, "Gorilles dans la brume"?

"En tout cas, ce film m'a montré qu'il était possible d'en faire son métier. Elle fut l'une des toutes premières primatologues en activité. Personnellement, au départ, je me dirigeais davantage vers les gros prédateurs comme les lions. Finalement, j'ai opté pour les primates non humains parce qu'ils étaient cognitivement très intéressants et socialement complexes..."

Quelles sont les difficultés inhérentes à ce métier?

"C'est un métier qui exige des efforts physiques et psychologiques. On évolue parfois dans des forêts denses où il est quasi impossible de marcher. Il faut redoubler d'efforts pour avancer. Le primatologue doit aussi faire preuve de patience. Il y a des jours où ces animaux ne font rien, ne bougent presque pas. Il faut alors combattre l'ennui. La récolte d'infos est très longue pour l'éthologue... Enfin, l'éloignement des proches complique un peu plus encore les choses."

Mais ce métier vous apporte aussi des satisfactions...

"Oui, ces animaux m'épatent et parviennent à me surprendre tous les jours ! Je les trouve incroyables... Ils possèdent une telle capacité d'adaptation et de mise en place de stratégies pour répondre à leur environnement. Vous n'imaginez pas leur intelligence!"

Vous êtes doctorante et vous touchez donc un salaire qui vous permet d'effectuer vos recherches. Qui vous paye et combien? 

"Je suis rémunérée par le FNRS (Fonds de la recherche scientifique) via une bourse de mandat d'aspirant étalée sur deux ans. Je reçois 1700€ nets par mois pour mener à bien ma mission. Il faut rajouter à cela 5000€ de crédit de fonctionnement pour assurer sur cette période tous les frais rencontrés: matériel, déplacement pour un congrès.... Il y a également un pécule de vacances lié à notre contrat au FNRS. Enfin, le FNRS offre des perspectives d'obtenir d'autres bourses."

Une anecdote sur votre activité pour terminer notre entretien?

"Lors de mon dernier voyage à Bali, nous nous sommes intéressés à un groupe de macaques qui n'avaient encore jamais eu de contact avec les hommes. Le mâle dominant nous a chargé à plusieurs reprises ! Heureusement, personne n'a été mordu. Que faire dans ces cas-là? Se retourner doucement et reculer sans précipitation pour lui montrer que vous avez bien compris son avertissement..."

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