Laurie « Pop » Zylbersztejn, 29 ans, bookeuse d’artistes
Nom Laurie Zylbersztejn
Âge 29 ans.
Formation Diplôme de gestion et certificat d’ingénieur du son à la SAE.
Revenu +/- 1500 € net.
Objectif dans la vie Garantir une situation agréable pour mes artistes et moi.
Qualités premières Généreuse, ponctuelle et déterminée.
Principal défaut Vite stressée, système nerveux fragile.
Conseil aux plus jeunes Allez au bout de vos objectifs !
Autodidacte, Laurie Pop revitalise les nuits bruxelloises. Son créneau : les cultures urbaines et les artistes de la scène hip-hop. Ses soirées Regulate s’exportent pour la deuxième fois à Paris. Tandis que « ses » artistes joueront bientôt au Texas et à Rio de Janeiro.
Ils sont tapis dans l'ombre. On ne connaît pas leur nom. Mais sans eux, rares sont les artistes qui pourraient monter sur scène. Organisateurs de concerts, coachs, bookeurs... La nuit est leur maîtresse. L'industrie musicale, leur meilleure cliente. Les artistes : leur passion, leur drogue, leur gagne-pain. Comme beaucoup, Laurie est une artisane. Ancienne skateuse, elle a découvert le métier sur le tas. « Après mes secondaires, j’ai suivi des cours du soir pour devenir productrice de musique électronique. Malgré le prix du minerval, le contenu était inintéressant. Je n’ai gardé que le certificat. »
À force de détermination, Laurie décroche un stage d’assistante de production dans le mythique Studio Caraïbes, à Uccle, qui a vu bosser dEUS, Ghinzu, Zap Mama, Étienne Daho, Venus, Kyo et Toots Thielemans... « Commencer son premier jour de stage avec Björk derrière le micro, ça fait rêver ! » Du Caraïbes,Laurie rejoint le studio Sonicville. On lui promet un contrat comme ingénieur du son. Mais au bout de quelques semaines, les illusions s’épuisent. « Avec la crise du disque et la multiplication des installations d'enregistrement amateur, de nombreux studios professionnels ont dû fermer boutique. Il n’en reste plus que cinq actuellement. » Pour Laurie, dans ce monde-là, les horizons sont bouchés.
Commence alors une vie de chômeuse. Et son lot de contradictions. « Les seuls jobs qu’on m’a proposés, c’est de coller des P.-V. aux voitures mal garées. Au bout de quelques refus, j’ai été rattrapée par l’Onem. On m’a laissé trois mois pour trouver un emploi. Sans quoi, je perdais tous mes droits. »
C’est au cours d’une soirée de « rap décalé» » que lui vient l’étincelle. « J’ai fait la connaissance du Roi Heenok, un rappeur québécois d'origine haïtienne. Alors qu'il fait le buzz sur la Toile et est présenté partout comme le renouveau du gangsta rap francophone, il ne parvient pas à trouver de date en Belgique. » Avec son acolyte Dave Luxe, un DJ, et Jay LaTeigne, un ami rappeur, Laurie se saisit de l’affaire. « Nous lui avons promis une date, à quatre jours de son départ. Nous n’avions pas un rond. » Véritable force vive, Laurie parvient à louer la Bodega, annonce l’événement sur Facebook et, contre toute attente, fait salle comble. La première soirée Regulate était née. « Il y a eu une vraie demande du public. Nous n’étions pas professionnels, mais nous avons senti qu’il y avait quelque chose à faire. »
Femme-orchestre
Dave s’occupera de la direction artistique, Jay de la promo sur le web, un autre lascar, Polo Graffito, de l’identité visuelle, et Laurie sera… « femme-orchestre ». À la fois productrice, directrice artistique et manager. Son approche : faire sortir les cultures urbaines et les artistes hip-hop de leur cercle d’initiés. Et capter les talents locaux dans les garages, les gares et sur la scène internationale. « Au fil des années, le milieu du hip-hop s'est professionnalisé, donnant naissance à des compagnies plus ou moins structurées. Des festivals ont gagné leurs lettres de noblesse. Malgré tout, beaucoup d’artistes ont du mal à percer », confie Laurie.
Aujourd'hui, la house et l'électro se taillent la part du lion auprès du public et les autres courants, plus discrets, se déploient avec opiniâtreté. « Le monde de la nuit ne pardonne pas. Aucun sponsor ne se bouscule quand vous annoncez une soirée ghetto à Molenbeek. Il faut se battre, se projeter constamment en avant. Surtout quand vous êtes une femme », confie Laurie. Et de souligner : « En Belgique, presque aucun artiste street n’a d’agent. S’ils ne savent pas négocier, ils repartent avec 50 € en poche et quelques boissons. »
Évoluer autour de l'artiste, de l'édition aux contrats, en passant par la promotion, la communication, la direction artistique et la logistique, Laurie est en première ligne dans l’organisation. « Actuellement, je m’occupe de vingt artistes. Des DJ, des VJ, des MC, des photographes et des graphistes, principalement », confie la bookeuse, qui vient d’être reconnue officiellement comme « opérateur des arts de la scène », par la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Sans copinage ni soutien politique, Laurie et ses comparses préparent leur 14e soirée Regulate, pour le mois de mars. Un concept qui, en février, s’est exporté pour la deuxième fois à Paris. « Le hip-hop reste un univers très connoté « racailles » et bling-bling. Alors qu’on ne se prend vraiment pas au sérieux. Dans nos soirées, nous détournons tous les codes ghetto. Nous portons des chaînes en plastique doré et de faux diamants – démesurés – au doigt. Le public nous rejoint surtout pour l’ambiance. »
Autre indice de reconnaissance croissante : les soirées Let's Dance, réalisées avec Manon De Buck, ralliant la crème du hip-hop old skool. Et, signe révélateur de l'essor pris par ces sonorités, deux de ses « poulains », des artistes du cru, franchissent les frontières européennes. Ils iront faire « hype » et « pop » au Texas et à Rio.
Rafal Naczyk