Les « dadworkers » cherchent un meilleur équilibre
© Mireille Roobaert Deux pères cadres sur trois âgés de 30 à 40 ans cherchent un meilleur équilibre entre vies familiale et professionnelle. L’étude est française, mais le mouvement est général. Les jeunes hommes veulent vivre leur paternité différemment.
L’équilibre entre la vie privée et professionnelle, un « problème féminin » ? Faux, répond une étude française. Les nouvelles générations de pères font aussi face à ces difficultés. Menée par une société privée, mais soutenue par des fonds européens, l’étude a interrogé quatre cents pères cadres en France, âgés de 30 à 40 ans. Jusqu’à présent, les études portant sur l’équilibre travail-famille ont généralement été centrées sur les femmes, contribuant à créer le stéréotype de la mère rongée par un sentiment de culpabilité, qui fait tout trop vite. En réalisant cette enquête, la société de consultance Qualitemps a souhaité détourner le projecteur sur les hommes. Pourquoi avoir privilégié des cadres ? Parce qu’ils sont et seront demain dans des positions d’influence. Conclusion : les choses changent, et de manière nette.
Parmi les cadres interrogés, deux pères sur trois cherchent un meilleur équilibre entre vies privée et professionnelle. Ils souhaitent plus s’investir dans leur rôle familial : la moitié des pères manquent de temps avec leurs enfants. « Ce qui a fondamentalement changé à l’échelle d’une génération, c’est la manière dont les hommes incarnent aujourd’hui la paternité », affirme l’étude.
À ce propos, l’enquête a permis de construire trois profils types de pères cadres.
1. Les pourvoyeurs de revenus ont construit leur identité à travers le travail. L’ascension professionnelle revêt pour cette catégorie une importance existentielle qui justifie des sacrifices personnels. Peu engagés à la maison, ils ne considèrent pas forcément pour autant leur vie comme déséquilibrée. Ces hommes assument seuls leurs tensions et n’attendent rien de leur entreprise sur cette question. Ils représentent 15 % des hommes interrogés.
2. Les équilibristes incarnent la nouvelle génération de cadres et sont déjà majoritaires dans la tranche 30-40 ans (52 %). Ils expérimentent la paternité et sa difficile conciliation avec leur vie professionnelle. Ces hommes aspirent à une voie médiane et font – comme certaines femmes – des arbitrages quotidiens entre leurs activités. Ce sont eux qui représentent le mieux les pères contemporains : refus du clivage, paternité épanouissante, déspécialisation des rôles, investissements équivalents sur la sphère privée et professionnelle. Ils attendent une évolution culturelle de l’entreprise et des actions « destinées à fluidifier leur quotidien ».
3. Encore minoritaires, les égalitaires sont des pères « hypersensibles à la problématique de l’équilibre » et qui ont déjà engagé de vrais choix. Ces hommes sont régis par des principes de vie forgés bien souvent avant même de devenir pères. Travail et impératifs familiaux doivent pouvoir se conjuguer en harmonie sans pour autant nuire aux résultats de l’entreprise. Ces managers appellent à une véritable mutation culturelle des entreprises. Ils représentent 33 % des personnes interrogées.
Ainsi, les équilibristes et les égalitaires représentent ensemble 75 % des cadres trentenaires ou tout juste quadras. Et ces cadres ont des attentes face à leurs entreprises. Ces pères perçoivent des freins à leur égard au sein des entreprises, de trois ordres : des préjugés qui les enferment dans une identité obsolète ; une nouvelle culture liée au high-tech exigeant une implication totale, remplaçant celle du présentéisme ; et les tabous à propos des réflexions sur le temps de travail ou autres « respirations professionnelles ». De quoi susciter des tensions au sein des entreprises. Ou ouvrir la voie à de nouvelles démarches.