Mémoire de fin d’étude, ticket pour l’embauche ?

1206_StudentenGDKDSC6011.jpg © Griet Dekoninck

Poussées par la guerre des talents, les entreprises multiplient leurs liens avec les milieux académiques. Certaines, comme Accenture, épaulent les étudiants dans la réalisation de leur mémoire. Quand le mécénat d’entreprise sert aussi à appâter les perles rares. Réaliser son mémoire de fin d’études avec le soutien d’une multinationale ? Autrefois, l’idée aurait été jugée taboue, tant le monde académique s’échinait à tisser un « cordon sanitaire » entre l’Alma Mater et le secteur privé. Mais à l’heure où les relations écoles-entreprises prennent des formes de plus en plus variées, un nouveau pas vient d’être franchi.


Depuis 2009, le numéro un mondial du conseil en stratégie et organisation Accenture accompagne deux étudiants dans la réalisation de leur mémoire. Objectif de part et d’autre : faire connaissance, échanger, collaborer.

Etudiante en dernière année de sciences économiques à l’Université de Namur (FUNDP), Alice Demaret est arrivée chez Accenture par le bouche à oreille : « Des étudiants y avaient effectué leurs stages et nous ont averti de cette possibilité. J’ai directement sauté sur l’occasion.»

Après avoir passé un entretien de motivation et défendu son CV, Alice a pu définir un cadre de référence pour son mémoire avec l’entreprise, avant d’intégrer l’équipe « Stratégie » d’Accenture à Bruxelles. « Ce qui m’a surtout attirée, c’est le volet pratique en gestion, qui faisait défaut dans mes cours. J’ai directement fait part de ma volonté d’être impliquée dans un projet concret, confie-t-elle. Chaque jour, une analyste répondait à mes questions. Et deux fois par semaine, un senior manager me donnait un feedback sur l’avancée de mon travail. »

Après les premières ébauches et la définition d’une table des matières avec l’entreprise et son professeur, Alice a pu rejoindre une équipe d’Accenture à Londres, pendant un mois, aux frais de la multinationale.

 

Parfaite intégration dans l'équipe

 

« Là-bas, j’ai pu participer à la rédaction d’un rapport annuel sur le monde multipolaire, qui m’a servi de base pour le mémoire. En plus de mes recherches et d’un accès complet aux données d’Accenture, j’ai été parfaitement intégrée dans l’équipe, avec laquelle j’ai développé une vraie connivence.»

Au cours de son séjour, l’étudiante était guidée par des conseillers internes à l’organisation chargés, en fin de stage, d’évaluer la contribution de l’étudiante aux activités de l’organisation. Offrant leur expertise, quelques directives et feedbacks réguliers, les collaborateurs d’Accenture n’interfèrent que partiellement dans la réalisation du mémoire.

Mais quelques contraintes sont imposées : le mémoire doit être rédigé en anglais et l’étudiant doit le présenter en interne. « Même si nous faisons partie du jury final, notre rôle n’est pas de nous substituer au tuteur universitaire. Nous n’apportons qu’un soutien logistique, financier, ainsi qu’une expertise belge et internationale, souligne Marc Van der Vleugel, Senior Manager à la tête du volet consultance stratégique chez Accenture.

Notre intérêt est d’avoir un complément d’étude et une vue plus critique par rapport à certaines de nos recherches. Mais si l’étudiant fait ses preuves et se plaît chez nous, nous lui faisons une offre.»

 

Un partenariat donnant, donnant

 

Très répandue dans le monde anglo-saxon, cette pratique n’est qu’à ses prémisses en Belgique. Depuis 2008, Accenture n’a accueilli que 4 étudiants dans le cadre de leurs mémoires. « Ces étudiants ont pu partir plus longtemps – respectivement à Londres ou à Boston – pour discuter avec nos experts. Tous ont réussi leurs thèses avec distinction », défend Marc Van der Vleugel qui voit dans le mécénat un « moyen de réflexion sur l’identité profonde de l’entreprise ».

« Nous avons toujours considéré que notre rôle sociétal consiste à favoriser l’intégration des jeunes dans le monde de l’entreprise », poursuit Marc Van der Vleugel.

La diversité fait son chemin dans le secteur et les initiatives se multiplient. Accenture accueille ainsi, depuis 2008, des profils universitaires au sein de ses équipes. Une démarche qui lui permet de recruter chaque année plusieurs dizaines de collaborateurs : des biologistes, chimistes, économistes, mathématiciens et même des littéraires !

Le rapprochement vers des milieux différents, académiques par exemple, génère des chocs culturels bénéfiques et amène l’entreprise à se sensibiliser à d’autres thématiques que son activité productive.

Texte - Rafal Naczyk

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