Que fait un lobbyiste au juste?
Nom: Geert Waelkens
Age: 48 ans
Fonction: gérant / Public Affairs & Issue Management Professional
Entreprise: Waelkens Public Affairs
Formation: Sciences politiques, option relations internationales
En service depuis: 2002
Le métier de lobbyiste est entouré d’un certain mystère. Les livres et les films nous décrivent cette fonction comme une succession de dîners avec d’éminents hommes politiques, dans des restaurants hors de prix.
Cette image correspond-t-elle à la réalité? Nous avons posé cette question au lobbyiste Européen Geert Waelkens.
Quel parcours avez-vous effectué avant de commencer ce job ?
"J’ai commencé dans une union professionnelle belge de traitement et de commercialisation de pommes de terre. Après trois ans, je suis passé à Berenschot, un bureau qui s’occupe de lobbying européen, ou ‘Public Affairs’ comme on dit officiellement. J’ai ensuite travaillé pour les plus gros bureaux, jusqu’à ce que je monte ma propre société dans laquelle je travaille seul, il y a dix ans."
Le monde des ‘public affairs’ est-il difficile d’accès?
"Oui, c’est un univers plutôt fermé. C’est un monde très attirant et on remarque que beaucoup d’étudiants essaient d’y entrer, par exemple via des stages. Moi j’ai eu de la chance : il y avait simplement une offre d’emploi chez Berenschot, à laquelle j’ai réagi."
Vous êtes le seul membre de votre entreprise, comment faites-vous face aux grands bureaux du secteur ?
"On dit que des milliers de lobbyistes sont actifs à Bruxelles. La plupart d’entre eux travaillent pour des bureaux spécialisés, dans la nourriture ou les finances par exemple. Pour les concurrencer en tant que travailleur isolé, ma seule chance est de me spécialiser à l’extrême et de garantir un service parfaitement adapté au client. J’ai saisi un marché de niche : je suis spécialisé dans les dossiers durables dans le secteur appelé des ‘soft commodity’ : café, thé, cacao…"
Comment décrire les tâches d’un lobbyiste ou ‘Public Affairs professional’ ?
"Je fais en sorte que l’on tienne compte des intérêts de mon client lors des processus politiques et administratifs. La plupart du temps, il est question de dossiers complexes pour lesquels je dois essayer d’influencer la mise en pratique politique. J’essaie de construire des relations sur le long terme avec mes clients, ce qui me permet aussi de construire des relations sur le long terme avec les hommes politiques et les fonctionnaires concernés. Du coup, je suis au courant de tout et je suis rarement surpris par une initiative politique ou administrative. Lorsqu’une question arrive à l’agenda politique, c’est déjà trop tard pour moi : je dois intervenir avant.
J’essaie de connaître au maximum le client et le problème, et de savoir quels responsables politiques et administratifs sont concernés par mes dossiers, qui contacter. Je construis un réseau et j’essaie de garder constamment le contact avec les gens. De toute façon, j’organise plusieurs fois par an des réunions avec tous les partis, fractions et personnes importantes, pour les informer des dossiers de mes clients. Mais si j’apprends que des changements de politiques sont en route, je dois accélérer les choses et inviter les partis concernés à table pour leur exposer mon point de vue."
A quoi ressemble un jour de travail typique ?
"Les gens pensent que j’enchaîne les réunions, les dîners et les réceptions, mais je passe la plupart du temps dans mon bureau. Je dois principalement analyser les dossiers, préparer les réunions, voir comment je peux présenter au mieux mon point de vue. Je dois surtout déterminer clairement à qui m’adresser et de quelle manière."
Quelles sont les compétences nécessaires pour exercer ce travail?
"Il faut très bien connaître les dossiers. Il faut aussi comprendre comment marchent la politique et les agendas politiques. Il faut également savoir expliquer simplement des dossiers complexes, être sociable et pouvoir évaluer quels effets auront ses actions. Finalement, vous devez aussi avoir du feeling et la connaissance des langues."
Quels sont les aspects positifs et négatifs du métier ?
"On rencontre beaucoup de gens, et c’est passionnant de travailler dans un environnement international et de pouvoir influencer certains dossiers. Le seul point négatif selon moi sont les longues journées de travail et le stress élevé pendant certaines périodes."