Transformez vos limites en talents
© Shutterstock Aptitudes. Comment sortir gagnant d'un dépôt de bilan, d'une maladie, d'un accident ? Il ne s'agit pas de compter sur la chance, mais de se reconstruire pas à pas. Si 2011 a été pour vous l'année du passage à vide, voici comment rebondir en 2012.
" En l'espace de quelques mois, j'ai été licencié, j'ai divorcé et j'ai eu un accident de moto. Avec comme pôle ce terrible sentiment d'incomplétude. " Mais rien de triste. Ou presque. Hervé est un type carré, rationnel, un ancien DRH, " mon DRH " comme ils l'appelaient avant. Voilà ce qu'il pense, Hervé, de son " drame " : " Cette période noire m'a permis de connaître mes limites, puis de me découvrir des ressources insoupçonnées. "
Aujourd'hui, responsable des gestions de carrière, il avoue que " l'échec n'est pas contraire à la réussite, mais c'est une étape parfois importante pour réussir. Le fait de rebondir est un élément de caractère primordial et positif chez un manager. Il l'est tout autant dans les échelons inférieurs de la hiérarchie. C'est pour cela qu'il faut parfois échouer pour réussir ! "
" Il a su appréhender son échec comme un faux pas dans l'histoire naturelle du succès. C'est cette faculté que l'on appelle la résilience ", analyse le psychiatre Patrick Légeron. Un apôtre du " ce qui ne nous détruit pas nous rend plus fort ". Nietzsche n'aurait rien dit d'autre. Souvent considéré comme une tare, l'échec peut-il être vécu comme un apprentissage, une étape sur la voie d'un succès ? Comment peut-on sortir heureux de ses échecs, lorsque les embûches inhérentes à la vie professionnelle vous écartent de la trajectoire rectiligne que vous vous étiez fixée ?
1. Faire son deuil
" L'échec professionnel provoque le plus souvent une perte d'identité, une blessure narcissique et un sentiment d'incompétence dont l'impact émotionnel peut être très fort, et qu'il ne faut pas nier ", précise Patrick Légeron, auteur de Stress au travail.
Quelle que soit la nature du choc, un travail de deuil est nécessaire. La cicatrisation de la blessure se fait toujours en cinq étapes, il faut les repérer et surtout les accepter pour développer la résilience. La première phase, c'est celle du déni, du refus de la réalité. " Beaucoup de cadres sur la touche commencent par faire comme si rien ne s'était passé ", observe l'auteur.
Puis, lorsqu'ils prennent conscience de la situation, ils sont envahis par l'inquiétude, voire la peur - " que vais-je devenir ? " La troisième phase, la révolte - " ce qui m'arrive n'est vraiment pas juste " -, précède en général celle du découragement - " ma vie est foutue, je ne m'en sortirai pas ". " Ce n'est qu'après être passé par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel que l'on peut enfin entrer dans la dernière phase, l'acceptation de la situation ", explique Patrick Légeron.
2. Sans culpabiliser, se déclarer responsable
Accepter la situation n'est pas pour autant une partie de plaisir. " Il faut éviter de céder à la tentation de se positionner en victime. Les choses n'arrivent pas par hasard ", martèle Hervé, l'ex-DRH. " Et l'important, pour avancer, c'est de reconnaître ses erreurs. " Responsable mais pas coupable, comme cette dirigeante d'une PME dans le textile, dont l'entreprise a frôlé le dépôt de bilan. " J'ai commencé par me dire que c'était la faute du banquier qui avait refusé au dernier moment de financer un projet crucial ", raconte-t-elle.
" Puis, un jour, j'ai eu comme un déclic. J'ai réalisé que j'aurais dû lui faire signer un document dans lequel la banque s'engageait à débloquer ce crédit qui devait me permettre d'étendre l'activité et de racheter un concurrent. C'est à partir de là que j'ai pu imaginer la suite, dépasser mon problème et réussir à m'en sortir. " L'important après la phase " c'est la faute aux autres " (le banquier ou le client qui lâche au dernier moment, le collaborateur qui trahit, le boss incompétent...), c'est d'assumer sa part de responsabilité dans son échec. " L'idée n'est pas de tomber dans la culpabilisation stérile. Il faut analyser le passé et en tirer les leçons qui s'imposent sans pour autant tout remettre en question ", explique Patrick Légeron.
3. Partager ses émotions
Rien de tel que le soutien social pour renforcer sa résistance dans les moments difficiles. Patrick Légeron recommande ainsi de solliciter son conjoint, ses parents ou amis. " Il ne s'agit pas de leur demander de l'aide pour un prochain job ", nuance-t-il, " mais juste un soutien affectif. Les choses n'ont pas la même emprise sur nous lorsque nous sommes solidement ancrés dans l'amour des gens. "
Céline, experte-comptable licenciée au bout de huit ans, en a fait l'expérience. " Partager mes émotions avec mes amis proches m'a fait un bien fou ", constate-t-elle. Mais attention aux personnes malintentionnées, qui prennent plaisir à vous casser le moral. " Mon chômage m'a aussi aidée à faire du tri dans mes prétendus amis ", reconnaît Céline.
4. Effectuer le bilan de ses compétences
L'art consiste à avoir une perception réelle de ses problèmes, en les intégrant de façon positive pour construire le futur. En clair et en image, " le psychisme humain se conduit comme une voiture ", explique Patrick Légeron. " Il faut regarder devant soi en jetant régulièrement un œil dans le rétroviseur. " Encore faut-il le faire avec discernement pour ne pas entamer l'estime de soi. D'où l'intérêt d'effectuer un bilan de compétences.
Pour reconstruire son ego, Céline a ainsi concocté sa propre grille d'estimation " en appelant d'anciens clients, en leur demandant quelle image ils avaient de moi, de mes points forts, de mes points faibles. " Une fois ce " travail " effectué, elle n'a plus hésité à décrocher son téléphone pour solliciter son réseau.
" Et le bouche-à-oreille a fonctionné en quelques semaines ", se félicite-t-elle. " Je me suis fait recommander par une amie chez mon employeur actuel. " Mais tous les individus au parcours cabossé ne réinventent pas aussi facilement leur vie professionnelle. Et le risque existe d'être confronté à un autre échec. Alors, comment éviter un deuxième " plantage " ? " Il faut tenter de se libérer de ses emprisonnements psychologiques, idéologiques, culturels, organisationnels, familiaux ", assure Patrick Légeron. " Alors seulement, on peut se reconstruire en faisant des choix justes qui correspondent à ses véritables désirs. "
5. Ne pas hésiter à se faire accompagner
Pour les victimes d'un parcours professionnel chaotique, toute la difficulté consistera à trouver la bonne méthode pour briser les cycles infernaux. Pour reprendre le dessus, les moyens thérapeutiques existent, mais ils doivent être subtils. On a ainsi beaucoup parlé de la " résilience ", terme mis en avant par Boris Cyrulnik, le directeur de l'Association française des recherches en éthologie clinique et anthropologique. Il s'agit de se réparer, de rebondir, même si on le fait par compensation.
Hervé, le DRH, a opté pour une auto-évaluation : " Nous n'avons pas besoin de magie pour transformer notre monde. Nous avons déjà en nous-mêmes tout le pouvoir dont nous avons besoin. Seulement, vous ne connaîtrez jamais la force de votre résilience tant que vous ne l'aurez pas testée dans l'adversité ", confie-t-il.
Pour favoriser le travail de deuil et éviter le mal-être et la souffrance qui s'éternise, l'aide d'un psychologue n'est jamais négligeable. " Le malchanceux doit d'abord retrouver confiance et estime de soi, soit par une thérapie, soit par du coaching ou une introspection sur ses motivations profondes. Il s'agit ensuite de trouver une cohérence dans son autobiographie, même si les différents épisodes semblent décousus ", explique Patrick Légeron.
"On pourra alors aborder le désir de changement et la possibilité de trouver son rôle au bout du tunnel ".
A lire
Stress au travail, Patrick Légeron, éd. Odile Jacob, 2003, 380 p., 8,40 €.