Trois secteurs qui courtisent les ingénieurs

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Les timides signaux positifs émis par le marché de l'emploi concernent-ils aussi les ingénieurs? Ils sont courtisés par les employeurs du nucléaire civil, de la construction, du ferroviaire et de l'IT. Zoom sur 3 secteurs parmi les plus dynamiques.

1. Nucléaire: l'énergie atomique

Le réchauffement climatique est une opportunité inespérée pour l’industrie du nucléaire. La fission de l’uranium offre l’avantage de générer beaucoup d’électricité sans pratiquement émettre de CO2. Il y a quinze ans, quand on ne parlait pas encore de l’effet de serre, il n’y avait presque plus de centrales en construction. Aujourd’hui, avec l’appui de plusieurs gouvernements, les producteurs ont un boulevard devant eux.

La demande n’a jamais semblé aussi forte, alimentée par la nécessité de réduire la consommation d’énergies fossiles. Moscou espère, par exemple, conclure un contrat de 19 milliards de dollars pour construire quatre réacteurs en Turquie – où les tremblements de terre sont pourtant fréquents. Alors que le numéro un mondial de l’atome, le français Areva, a mis quatre de ses nouvelles centrales EPR en chantier : une en Finlande, une en France, à Flamanville, et deux en Chine.

Si les ventes de voitures électriques décollent comme promis durant la prochaine décennie, plusieurs experts, notamment chez EDF et Total, estiment qu’il sera nécessaire de construire au moins un réacteur EPR par an à partir de 2015, puis deux, lorsque les vieilles centrales des années 1970 prendront leur retraite. Parmi les avocats de l’énergie atomique figurent désormais des défenseurs de l’environnement. Et non des moindres : le Britannique James Lovelock, l’un des pères de l’écologie par exemple.

Pas sûr pourtant que l’atome soit une réponse adaptée aux problèmes du climat et de la sortie du pétrole. Le scénario le plus ambitieux de l’Agence internationale de l’énergie évalue à seulement 7 % la part du nucléaire dans la production énergétique mondiale en 2030. En se fondant sur l’hypothèse – considérable – d’une multiplication par cinq de la puissance du parc nucléaire mondial, un autre géant, GDF Suez, entend maintenir la part du nucléaire dans sa production électrique au niveau actuel, c’est-à-dire environ 15 % à l’horizon 2020-2030.

Pour atteindre cet objectif, le groupe dispose d’une alliance avec Iberdrola et SSE en Angleterre et participe à un projet de centrale en Roumanie. GDF Suez jouit aussi d’une belle position au Brésil. Mais le groupe n’est pas présent en Chine et reste sous la pression d’une sortie du nucléaire en Belgique à l’horizon 2025. Entretemps, le secteur de l’énergie nucléaire affiche toujours de belles perspectives d’embauches.

« Dans les 5 prochaines années, nous prévoyons de recruter et de former plus de 400 ingénieurs et 600 techniciens », explique Martine Tison, responsable de l’information sur les activités nucléaires du groupe GDF Suez. 50 jeunes ingénieurs, issus de 8 entités nucléaires du Groupe, viennent d’entamer leurs formations ce mois-ci. « En 2011, les recrutements vont se maintenir au même rythme », affirme Martine Tison.

Mais pour rencontrer des ingénieurs portés sur le nucléaire, elle constate que tous ne sont pas logés à la même enseigne. « Les besoins de nos entités nucléaires concernent tous les profils techniques : aussi bien en mécanique, électricité, neutronique, I&C, qu’en chimie… Cependant, les ingénieurs civils nous intéressent particulièrement, dès lors que ces diplômés sont “dynamiques”, ils connaissent l’anglais, ils sont particulièrement actifs dans la gestion de leurs stages et démontrent de bonnes qualités de leadership », précise-t-elle. Quel que soit le niveau de fonction, le groupe de Gérard Mestrallet et ses filiales privilégient les profils « prudents et rigoureux » car la « culture de la sûreté constitue une priorité absolue dans le secteur nucléaire ».

Deux raisons à ce bel appétit : l’investissement et le développement à l’international, l’accompagnement de grands clients ; mais aussi un fort renouvellement des effectifs. Confrontés à l’inflation des besoins énergétiques, les producteurs sont obligés de renouveler leurs compétences. Depuis que plusieurs États ont décidé de développer le recours à l’atome civil, et que le gouvernement a décidé de prolonger de dix ans la durée de vie des trois anciennes centrales nucléaires de Belgique, la pénurie d’ingénieurs nucléaires est devenue une réalité. On assiste à un effet de ciseaux. Les salariés qualifiés partent à la retraite alors que les écoles d’ingénieurs et les universités ont réduit ces formations dans les années 1980-1990 et tari les sources de recrutement.

Pour assurer leur activité, les employeurs parient aussi sur les profils expérimentés. GDF Suez vient de leur dédier une nouvelle formation : le « Nuclear Trainees Program » destiné aux « majors » (NTP-M). « Cette formation s’adresse aux ingénieurs confirmés, avec une expérience solide en gestion de projet, qui souhaitent étendre ou consolider leur territoire de compétences et rajouter la corde du nucléaire à leur arc », confie Martine Tison. Concrètement, le NTP-M offre une formation accélérée sur les aspects essentiels du nucléaire. Le contenu, de haut niveau, couvre les fondamentaux en matière de sûreté, de radioprotection, de technologies, de design, de maintenance, de déchets et même de démantèlement. 12 personnes, recrutées au sein des différentes entités de GDF Suez, y participent actuellement. Mais les responsables songent déjà à ouvrir ce nouveau programme aux candidats externes.

Des opportunités existent également chez les intervenants fédéraux (l’Institut des radioéléments ou encore Niras-Ondraf). Le Centre d’étude de l’énergie nucléaire (SCK-CEN), pôle de recherche non universitaire basé à Mol, employant 600 collaborateurs, recrute chaque année des universitaires pour des missions touchant à la sécurité des installations nucléaires, la radioprotection, la gestion saine et l’entreposage des déchets radioactifs, la prévention contre la prolifération des matériaux de combustibles, la formation et le training.

Dans un autre domaine, les installations liées aux énergies renouvelables sont en train de changer de dimension (voir notre “thema” de la semaine dernière, ndlr). Ces emplois verts connaissent un fort engouement auprès des jeunes salariés … et des entreprises contraintes de panacher à la mode DD (développement durable) leurs organigrammes. Les professions visées sont celles de spécialistes en énergie renouvelable, en assainissement, en traitement des déchets… L’intérêt de la branche sur le recrutement : une partie des green jobs de demain n’existe pas encore. Car plus que n’importe quelle filière pour ingénieurs, celle de l’énergie est à réinventer.

2. Ferroviaire: embauches à grande vitesse

Dans l’industrie, le ferroviaire est l’un des rares secteurs à étendre la toile. S’inscrivant dans la grande transition vers une mobilité moins polluante, aujourd’hui indispensable, ce mode de transport affiche des carnets de commandes bien remplis. à la SNCB, qui doit encore recruter 100 ingénieurs cette année, ingénieurs civils et ingénieurs civils avec orientation électricité, ICT ou construction sont activement recherchés. « Nos besoins portent aussi sur les ingénieurs industriels matériel ou Infra électricité, avec une orientation en électricité, industrie, mécanique, électromécanique ou électronique. Ainsi que des ingénieurs industriels voies, avec une orientation construction, électromécanique ou industrie », explique Mireille Protin, responsable recrutement et sélection du personnel à la SNCB holding.

Autant de profils qui ne sont pas forcément séduits pas les sirènes d’une entreprise publique marquée par les accidents récents. « Les profils spécialisés dans le génie électrique se font rares. Il y en a trop peu par rapport à nos besoins de renouvellement des équipes dans ce domaine », explique Mireille Protin. Pourtant la vieille dame n’est pas totalement dépourvue d’attraits. Même auprès des jeunes. Le régime statutaire octroyé aux collaborateurs reste un gage de stabilité et de garantie d’emploi. Les horaires offrent l’avantage de pouvoir sans doute concilier vie professionnelle et vie privée plus aisément que dans le secteur privé.Quant à la rémunération, selon Mireille Protin, « elle n’a pas à rougir face à la rémunération pratiquée dans le privé ».

Le constat et les besoins sont similaires chez TUC Rail, le bureau d’études en technologie ferroviaire et en project management d’Infrabel. Piochant sur la construction des lignes à grande vitesse (LGV) en Belgique, mais également sur le double tunnel ferroviaire au port d’Anvers, ainsi que le projet « Diabolo », nouveau tronçon ferroviaire qui vise à désenclaver l’aéroport en aménageant sa desserte avec le nord du pays (Malines/Anvers, Louvain), le maître d’œuvre pour les travaux du RER autour de Bruxelles, prévoit encore d’embaucher 15 à 20 ingénieurs avant la fin de l’année. « Nos besoins se concentrent sur des profils d’ingénieurs capables de manager des projets, des technologues de chantier et des “design engineers” qui participent à l’intégration des ponts, tunnels, voiries, voies ferrées au paysage urbain, précise Muriel Sornasse, responsable du recrutement chez TUC Rail. Mais comme personne n’a ces connaissances à la sortie de l’école, nous assurons des formations et des transferts de connaissances en interne.»

3. Construction: la fabrique des élites

Du côté de l’ingénierie du bâtiment, on observe un lent verdissement des recrutements. Avec, pour cela, deux impératifs : gaspiller moins et recycler mieux. Dans tous les domaines. De la production à la conceptualisation, le mouvement de l’éco-construction est déjà largement amorcé. Une véritable aubaine pour les PME spécialisées. Et un impact sur des métiers qui, en neuf comme en rénovation, devraient par ailleurs gagner en matière grise et en technicité. « Maîtres d’ouvrage, bureaux d’études ou cabinets d’architectes auront pendant plusieurs années besoin de recruter des centaines d’ingénieurs en thermique du bâtiment », explique-t-on à la Confédération Construction.

Pourtant, le bâtiment manque de bras. Mal aimé et souffrant d’une mauvaise réputation auprès des jeunes, il ne trouve malheureusement pas assez de candidats pour répondre à la demande. « La moyenne d’âge des ingénieurs est de 50 ans. On a du mal à remplacer ceux qui partent à la retraite par des jeunes ayant un profil technique », observe-t-on chez Besix. Même constat chez CIT Blaton : « Les seniors ne suffiront pas à la fois à former les jeunes et à assumer la charge opérationnelle », regrette, pour sa part, Jacques Vogeleer, responsable RH.

Si, contrairement aux entreprises spécialisées, les majors freinent nettement leur rythme d’embauches, l’ingénieur occupe chez elles une position centrale. C’est à ce professionnel que revient la responsabilité de l’édification d’un immeuble, d’un supermarché, ou encore d’un lotissement. Il doit assurer le travail d’un commercial en évaluant le coût des projets et en négociant les tarifs afin de décrocher de nouveaux contrats. Par ailleurs, il met en place des études et des méthodes qui tiennent compte des choix techniques à adopter selon les besoins du client. Il élabore le plan d’installation du chantier, l’organise, supervise les travaux et veille sur les engins. « L’éventail des compétences requises pour piloter de grands projets de construction, s’acquiert sur le terrain et dans la durée. Il en va de même pour les compétences strictement techniques, explique Jacques Vogeleer. Un jeune diplômé aura besoin, le plus souvent, d’une dizaine d’années pour s’asseoir dans son métier et se voir confier, par étapes, la responsabilité finale de projets.»

Comme la plupart des métiers de la construction offrent des développements de carrière assez linéaires aux ingénieurs et gradués généralistes issus des filières « construction », le vrai défi, pour ces entreprises, consiste à assurer la succession des travailleurs ayant acquis une grande expertise polyvalente. Toutefois, il existe également des possibilités de carrières transversales, menant notamment vers le management, la gestion ou certaines spécialisations. « Nos besoins actuels sont donc concentrés vers des profils de conducteurs de travaux ou de gestionnaires de chantier expérimentés. », explique le responsable RH de CIT Blaton.