Victime de harcèlement: "Sans souris, il n'y a plus de chat"
Dominique (33 ans) est victime de harcèlement moral d'une collègue directe. Son constat est amer: il faudra se résoudre à quitter l'entreprise... Mais pas avant d'avoir réglé cette situation pernicieuse!
References.be: Dans quel secteur travaillez-vous?
Témoin, Dominique (33 ans): "Je suis active dans le secteur des ressources humaines, plus précisément dans le recrutement de nouveaux collaborateurs, depuis environ cinq ans."
Pouvez-vous nous parler du harcèlement moral que vous subissez?
"Je fais partie d'une équipe de cinq personnes avec chacune ses propres compétences et domaines d'action. Je subis un harcèlement moral d'une collègue directe de mon équipe plus âgée et en place depuis plus longtemps. Elle fait un peu partie des meubles. Une situation qui s'est installée de façon assez insidieuse... En quelques mots, cette personne affiche un profil intouchable dans l'entreprise. Elle est avenante, se rapproche de la femme parfaite, adorable, attentionnée. Tout a donc démarré dans une relation de protection, de souci de bien m'accueillir lorsque je suis arrivée. Et puis, la situation a basculé..."
Que s'est-il passé selon vous?
"Je pense qu'une compétition s'est installée entre nous. Mon recrutement lui a été imposé. J'ai très vite pris mes marques et mes responsabilités. Grâce à mes expériences plus transversales, j'avais régulièrement de bonnes idées et j'ai probablement commencé à déranger quelqu'un qui n'avait pas forcément envie d'avancer ou tout simplement jalouse de ma bonne cote dans la société."
Comment en êtes-vous arrivée à un stade de harcèlement?
"C'est comme un piège qui se construit petit à petit et qui se referme d'un coup... La première phase fut celle de la remise en question, de la culpabilisation. On en vient à se demander si finalement on ne mérite pas cette attitude à son égard. Je vais vous donner un exemple: je constatais la disparition de notes et de dossiers partagés. Il peut m'arriver des moments de distractions, comme tout le monde. Mais lorsque vous voyez à trois ou quatre reprises des dossiers importants disparaître sur un serveur commun et réapparaître après une réunion stratégique, vous comprenez que l'on cherche à vous nuire de manière intentionelle. Ces occasions sont toujours trop belles pour ma collègue qui souligne mes erreurs, mes approximations... qui n'existent finalement que par malversation d'un personne tierce. "
Le harcèlement se fait donc aussi en partie à visage découvert?
"Toutes les occasions sont bonnes pour me discréditer aux yeux des autres membres l'équipe ou de la direction. Et le plus insidieux dans cette relation est que cela s'effectue toujours sous une sorte de bienveillance presque maternelle. En fait, ma collègue m'infantilise en permanence. Je lui ai déjà demandé de changer de ton mais elle continue d'appuyer là où cela fait mal... Ma collègue joue en permanence sur mes nerfs."
Quel est le but poursuivi par cette collègue selon vous?
"C'est très simple: saboter mon travail et s'arranger pour que toute l'entreprise pense que je ne fais pas mon job correctement. Une campagne pure et dure pour détruire mon image. Je vais encore vous donner un exemple concret... Lorsque je suis en clientèle pendant deux jours et que d'autres clients me contactent ensuite au bureau à mon retour, certains me demandent si je vais mieux! On leur a dit, pendant que j'étais sur le terrain, que j'étais en congé maladie... Une situation qui m'a valu une certaine réputation dans mon entreprise et m'a d'ailleurs probablement coûté une promotion à laquelle j'aurais pu prétendre."
Et vos autres collègues, comment réagissent-ils?
"Les trois autres personnes de mon équipe regardent dans leur assiette... Un collègue s'est un jour ouvert à moi de cette situation en reconnaissant le caractère pernicieux de la chose. Mais tous craignent de perdre leur job. Cette collègue, qui n'est pas ma chef, je le répète, est presque intouchable grâce à son ancienneté et les relations qu'elle a tissées. Et mon conseiller en prévention a été très clair: sans témoigagne, il n'est pas possible d'entamer une procédure..."
Vous en avez tout de même touché un mot à votre management direct?
"A ce niveau-là, je me suis mise dans mon propre tort... Et c'est un nouvel exemple du caractère néfaste de ma collègue. Elle ne rate jamais une occasion de me faire des remarques et des reproches en réunion. Bref, elle m'allume en permanence. Malheureusement, il m'est arrivé de piquer un colère devant le directeur de mon département... Ma collègue en a profité pour jouer la victime et expliquer à notre supérieur qu'il ne lui était pas possible de collaborer avec moi à cause de mon caractère. On m'a donc demandé de jouer profil bas et de ne pas écraser mes collègues. C'était le monde à l'envers pour moi!"
Quel fut l'impact de cette situation sur votre santé et votre vie privée?
"Enorme! Il y a des périodes où je ne trouvais pas le sommeil. Je ruminais en permanence, je me posais mille questions, je me remettais sans cesse en question... Cette relation m'affaiblissait physiquement et psychiquement. Mon dégôut se matérialisait: je vomissais presque chaque matin avant de me rendre au bureau... J'avais aussi des maux de tête, de dos..."
Qu'avez-vous fait pour surmonter cette impasse?
"Il faut d'abord arriver à prendre conscience du fait que ce type de personne puisse être intouchable et qu'il faut agir autrement que par confrontation directe. J'ai alors fait mien le principe suivant: "sans souris il n'y a pas de chat". En arrêtant de me comporter en souris, je mettais plus de chance de mon côté de stopper ce jeu pervers."
Vous avez donc décidé de rester et de faire face....
"Non, ma conclusion est que je dois quitter cet employeur rapidement. Mais... Je dois impérativement gagner cette bataille et affronter ce harcèlement. Ce serait une erreur de prendre cette situation avec moi en partant. J'aurais trop peur qu'elle ne se reproduise ailleurs. Pour réussir ce challenge, je me fais conseiller par une psychologue mais dans un contexte de coaching et non d'analyse psy."
Et quels furent les conseils de votre coach?
"La personne qui subit le harcèlement doit impérativement valoriser son travail, mettre en avant les objectifs atteints et ses réalisations. Elle doit aussi être mieux préparée à affronter les remises en cause, à répondre aux questions vicieuses du harcèleur. Et, surtout, ne pas s'éterniser dans la justification afin de ne pas rester trop longtemps à sa portée."