Vous souhaitez du personnel heureux? Virez les malheureux !
Vous voulez rendre votre personnel heureux ? La solution est simple, selon l’entrepreneur américain Jay Goltz : “Séparez-vous de tous les employés malheureux.”
Panacée ou pure provocation ? Si les avis quant à la déclaration de Jay Goltz faite au New York Times sont plutôt partagés, l’argument de Goltz, propriétaire de cinq petites entreprises à Chicago, est simple : licenciez les employés insatisfaits et ne gardez que ceux qui sont heureux.
Ça a le mérite d’être clair, même si c’est discutable. Mais Goltz s’en soucie peu. “En tant que chef d’entreprise, j’ai fait la dure expérience que l’on ne peut pas rendre tout le monde heureux. Un bon management requiert de la pratique, une formation et des conseils professionnels, mais aussi la capacité de mettre le doigt sur ce qui fait perdre une énergie et un temps précieux à l’entreprise.
Licencier quelqu’un n’est pas une partie de plaisir et n’est pas monnaie courante. Il est vrai que certains mauvais managers gâchent le travail des bons collaborateurs, mais d’un autre côté un bon management ne permet pas forcément d’améliorer les performances des mauvais collaborateurs.”
Un comportement qui aurait un sérieux coût
Goltz poursuit son raisonnement : “Vous avez peut-être déjà eu affaire à une personne malheureuse qui veut prendre ses collègues en otage, paralysant une entreprise ou un département. On serait surpris de constater l’ampleur des dégâts que cela peut causer à un employeur. (...) Une entreprise doit aussi faire le bonheur du manager.
Certains chefs d’entreprises diront que les sociétés doivent avant tout générer des bénéfices, peu importe que tous ses employés soient heureux. À chacun son avis. Mais lorsqu’on dirige une entreprise, on a aussi le droit de s’entourer de personnes que l’on choisit.”
“Quel est mon avis ? Goltz entend manifestement marquer des points avec un concept simple, peu contestable en soi: encourager les gens à réfléchir. Mais il convient de nuancer”, précise Lorenzo Andolfi, qui travaille sur le thème de la motivation dans l’entreprise auprès du centre de connaissances de SD Worx.
Pas de lien satisfaction-productivité !
“Il n’existe pas de lien démontré entre la satisfaction et la productivité : on trouve aussi des employés heureux qui sont improductifs. Les études sur l’engagement sont à cet effet beaucoup plus intéressantes que les études de satisfaction. Les collaborateurs engagés en font plus que ce qu’on leur demande, sont énergiques, prennent des initiatives, sont passionnés par leur fonction et s’identifient à la culture de l’entreprise.
Le contenu de la fonction, l’autonomie du collaborateur et la mesure dans laquelle il estime son travail faisable et source de défis sont décisifs en termes d’engagement. C’est la base d’une GRH durable. Or, Goltz a tendance à négliger ces éléments.”
Suite aux nombreuses réactions à sa déclaration, Goltz a tenu à préciser son point de vue sur le blog du New York Times, insistant sur le fait que ses propos avaient été émis dans un blog consacré aux petites entreprises.
“Je suis conscient que les grandes entreprises ont d’autres préoccupations lorsqu’elles doivent licencier. La plupart d’entre elles ont un département juridique qui ne doit pas rendre de comptes sur la productivité, la culture d’entreprise, le service à la clientèle ou le chiffre d’affaires. C’est leur problème.”
Et d’ajouter que lui et ses managers n’appliquent absolument pas le licenciement arbitraire.
Texte: Dominique Soenens
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