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Pour ou contre l’intelligence artificielle au travail ?

Bien que près de trois travailleurs sur quatre pensent que l’intelligence artificielle remplacera certains emplois dans leur secteur, moins de la moitié craigne qu’elle ne leur fasse perdre leur job. Enquête. Article réservé aux abonnés
Par Magali Duqué
Temps de lecture: 4 min

Si l’émergence de l’IA suscite des angoisses, la perte d’emploi n’est pas la principale préoccupation. Selon une récente enquête réalisée par le cabinet de recrutement Michael Page, la principale inquiétude, mentionnée par 67 % des répondants, a trait au manque de jugement humain et d’intuition des outils d’intelligence artificielle. La sécurité en matière de données et de vie privée arrive en seconde place (56 %). Les implications éthiques et les biais cognitifs occupent la troisième place (45 %), tandis que les risques de chômage ou de changement de carrière n’arrivent qu’en quatrième place, en étant mentionnés par à peine plus de quatre travailleurs sur dix (41 %).

De nouveaux outils En réalité, les travailleurs se montrent plutôt ouverts à apprendre à employer ces nouvelles technologies afin d’améliorer leurs chances dans le monde du travail. D’après Grégory Renardy, Managing Director de Michael Page, « Accepter l’arrivée de l’IA, c’est avant tout développer de nouvelles compétences et pérenniser sa carrière en s’appuyant sur l’intelligence humaine et les soft skills comme valeur ajoutée. »

« L’être humain a toujours craint le changement », évoque Grégory Renardy. « Et nous faisons ici face à un changement accéléré qui n’en est qu’à ses balbutiements. Il est normal que beaucoup d’entre nous aient une réaction méfiante face à cette incertitude. Mais nous savons également que l’adaptabilité face au changement – et celui-ci est inévitable – est un atout de taille, surtout dans le monde du travail. »

Optimiser son employabilité Autre constat interpellant : 88 % des travailleurs affirment vouloir en apprendre plus sur l’IA. La principale raison évoquée est la volonté de s’adapter aux nouveaux emplois d’avenir. « L’arrivée de l’IA est similaire à l’arrivée d’Internet : sur le marché du travail, les principaux bénéficiaires ont été les early adopters. On estime qu’un tiers des métiers changera totalement dans les 30 prochaines années, cela ira sans doute plus vite. D’où l’importance de moments de formation plus nombreux et plus récurrents », explique Grégory Renardy.

Les générateurs de texte ont la cote L’enquête de Michael Page explore également l’utilisation de l’IA par les travailleurs dans le cadre professionnel. Parmi les différentes IA, les générateurs de texte connaissent le plus grand succès. Plus d’un travailleur sur deux (56,5 %) affirme les utiliser souvent, voire très souvent, dans leur activité professionnelle. L’IA interactive est le second outil le plus utilisé, par 40,3 % des répondants. Celle-ci reprend entre autres les chatbots et les assistants personnels intelligents (Google Assistant, Siri, Cortana). 30,5 % des travailleurs interrogés utilisent souvent l’IA générative afin de créer du contenu ou des simulations. L’IA visuelle (25,5 %), l’IA fonctionnelle (23,3 %) et l’IA analytique (19,4 %) suivent et ferment la marche des outils les plus utilisés.

L’intelligence émotionnelle Les motivations qui justifient le recours à l’IA sont principalement d’ordre pragmatique. L’amélioration de l’efficacité et de la productivité (mentionnée par 77,2 % d’entre eux) est la première raison qui les pousse à utiliser l’IA. Elle est suivie par l’automatisation des tâches répétitives (76 %), puis par la réduction des coûts et la rationalisation des opérations (60,7 %). L’objectif des travailleurs ayant recours à ces outils semble dès lors plutôt être exécutif que créatif, laissant l’humain se charger de ce second aspect.

« Les usages révélés par cette enquête démontrent bien l’apanage de l’intelligence humaine pour les tâches de création. Le marché du travail demandera plus de différenciations et de développement de compétences relatives à l’intelligence émotionnelle pour rester compétitif. Celles-ci deviendront essentielles dans certains secteurs, comme celui des services ainsi que les métiers d’intermédiation. La formation continue, qui reste marginale en Belgique et en Europe, deviendra la norme pour embrasser le changement, se spécialiser, et développer la capacité de s’auto-transformer pour rester compétitif. Les travailleurs et les entreprises doivent intégrer cet aspect afin, pour les premiers, de maintenir un niveau important de compétence, et pour les secondes, de retenir et d’attirer les meilleurs talents », conclût Grégory Renardy.

*L’enquête a été menée par le cabinet de recrutement spécialisé Michael Page auprès de 3 344 candidats à la recherche d’un emploi.

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