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Les femmes qui réussissent sont-elles moins aimées ?

On a souvent tendance à l’oublier, mais les femmes n’ont accès au salariat que depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ce changement « historique » a peu à peu permis aux femmes d’accéder à des postes à responsabilités… Avec la même reconnaissance que leurs homologues masculins ?
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Un grand préjugé qui court sur les femmes au pouvoir est « qu’elles ne savent pas diriger ». Pourtant, des études ont montré qu’il n’existait aucune différence de leadership selon le genre, les femmes n’étant ni plus consensuelles ni moins autoritaires que les hommes.

Ces préjugés auraient en fait pour but de légitimer une structure sociale bien assise tout en maintenant les femmes dans leur rôle subalterne. Quant à celles qui violent les normes, par exemple en devenant des femmes de pouvoir, elles sont souvent accusées de trahir leur genre.

Dans le film « Numéro Une », Tonie Marshall - seule femme à être auréolée d’un César du meilleur réalisateur – raconte l’ascension d’une femme à la tête d’une entreprise du CAC40 et montre le prix à payer pour arriver au sommet. Selon la réalisatrice, la misogynie bienveillante, souvent un peu paternaliste, serait plus que culturelle, elle serait inconsciente. Pour réaliser son film, Tonie Mashall a mené l’enquête dans les hautes sphères de l’industrie, où la violence serait encore plus redoutable. Selon elle, à chaque fois qu’une femme commet une erreur, elle la payerait cent fois… Mais ce n’est pas tout : elle rejaillirait en plus sur toutes les femmes. Une double peine, en somme.

Selon la réalisatrice, les femmes seraient aussi confrontées à une misogynie bienveillante, un peu paternaliste, ou à des propositions sexistes, qui les ramèneraient toujours à leur corps. Pour elle, « tout serait fait pour fragiliser, minimiser, paupériser ».

Il y a un mari derrière chaque femme qui réussit

Si l’on dit qu’il y a une femme derrière chaque grand homme, l’inverse est aussi vrai !

En effet, lors de son enquête, Tonie Mashall a rencontré des femmes naviguant dans les hautes sphères professionnelles, dont les témoignages se rejoignent. Toutes affirment que si elles n’avaient pas eu un mari ou un compagnon d’accord et en phase avec leurs ambitions, elles n’y seraient pas arrivées. Certaines ont également confié qu’elles avaient des amies aussi brillantes qu’elles, qui avaient abandonné leur carrière pour sauver leur mariage.

Une étude suédoise* « All the Single Ladies : Job Promotions and the Durability of Marriage » va dans le même sens. On y découvre en effet que les promotions entraînent une augmentation des taux de divorce chez les femmes, mais pas chez les hommes.

Même écho pour Pascal Lardellier, spécialiste des relations de couple et auteur de « S’aimer à l’ère des masques et des écrans » (Ed. de l’Aube), qui considère que comme la femme a toujours été reléguée au second plan, le fait qu’elle puisse aujourd’hui travailler et occuper des postes à hautes responsabilités vient symboliquement inverser un ordre établi. « L’homme, détenteur depuis la nuit des temps d’une prééminence symbolique et sociale, va difficilement accepter la réussite de la femme dans les domaines qui lui étaient alors réservés », dit-il.

« Les femmes qui réussissent sont moins aimées »

Pour Sheryl Sandberg (une femme d’affaires milliardaire et militante féministe américaine), auteure du best-seller, « En Avant toutes. Les femmes, le travail et le pouvoir » (Éd. JC Lattès), nous vivons dans un monde dirigé par les hommes. Et de rappeler que sur les 195 pays indépendants que comptent le monde, seuls 17 sont gouvernés par des femmes, et que sur l’ensemble de la planète, celles-ci n’occupent que 20 % des sièges au parlement. Même topo dans les entreprises, où seulement 4 % de femmes figurent sur la liste des PDG des 500 plus grosses compagnies américaines. Pour l’auteure, les hommes qui réussissent et qui ont du pouvoir renvoient une image positive. A l’inverse, plus les femmes ont de responsabilités, moins elles sont aimées.

Alors qu’elle donnait une conférence dans une université, Sheryl Sandberg a encouragé les femmes à avoir plus confiance en elles-mêmes. « Imposez-vous ! Et ayez confiance : si vous ne postulez pas, vous n’aurez pas le job ! ». Elle a également mis l’accent sur le choix du « bon mari », celui qui acceptera une parfaite distribution des tâches ménagères et familiales, ultime condition pour pouvoir grimper les marches du pouvoir lorsqu’on est une femme.

*conduite sur une vingtaine d’années et sur trois catégories d’emplois (bourgmestres, parlementaires et PDG d’entreprise de plus de 100 employés).

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