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Trouver sa vocation, l’autre sens du précieux

Jennifer Elliot, Anversoise de 39 ans, a beaucoup voyagé au sens propre et figuré, avant de se réaliser. Pour cette experte en marketing, le bonheur se taille comme un diamant brut.
Par la Rédaction
Temps de lecture: 5 min

Elle se love dans l’un des profonds canapés blancs de sa toute nouvelle boutique-écrin, dans les étages d’un immeuble discret d’Anvers, à deux pas du Centre Historique. « Depuis toute petite, j’avais le syndrome de la bonne élève. Je voulais mener de grandes études, faire la fierté de mes parents ». Studieuse, Jennifer brillait en option latin-sciences. « Par élimination, parce que je n’étais attirée ni par la médecine, ni par une carrière d’ingénieur, je me suis engagée dans un cursus de droit. J’étais convaincue que je devais choisir ce qui me paraissait le plus difficile, là où les livres étaient les plus épais, pour m’ouvrir le plus de portes possibles. Mais le droit est une discipline liée au conflit, ce qui ne me correspondait pas vraiment. J’ai néanmoins poursuivi avec un Master en droit des affaires. En revanche, l’entrepreneuriat dont il était question, me captivait. J’ai enchaîné avec une année en école de management, à Vlerick ».

L’appel des racines

Jusqu’à l’âge de huit ans, Jennifer a grandi au Botswana, avant de revenir vivre à Anvers avec sa famille. Dès que l’occasion d’un Erasmus s’est présentée elle est partie en Afrique du Sud, à Cape Town. Hyper diplômée à 24 ans, le monde s’ouvrait à elle. « J’ai complété mon cursus avec un programme de formation accélérée chez Sara Lee International, une importante entreprise de marketing. J’ai adoré travailler sur la compréhension des comportements et des besoins des consommateurs ». Jennifer est devenue responsable du marketing et la communication globale d’une marque belge prestigieuse. « Je disposais d’importants budgets pour monter des campagnes de marketing, j’avais toute latitude pour élaborer des stratégies. J’ai énormément appris pendant ces années, mais j’avais toujours pour ambition de monter ma propre entreprise, pour cultiver des aspirations artistiques qui n’étaient pas utilisées à ce moment-là. Je me dopais aux bons résultats, mais de plus en plus consciemment, je savais que ce n’était pas dans ce domaine que je m’épanouirai. Quand je partais en vacances et que je déconnectais, je fourmillais d’idées. Cet espace mental gagné m’ouvrait de nouvelles perspectives. Est arrivé le moment où il devenait impératif que je change quelque chose dans ma vie. J’avais besoin d’aventure. Nous étions en 2014, et avec mon fiancé, nous nous sommes lancé un défi : déménager à Mombasa, au Kenya. Là-bas, je n’avais pas d’activité professionnelle planifiée. Cette parenthèse a représenté pour moi une intense période de remise en question. Je voulais absolument, depuis toujours, être indépendante financièrement, et je me retrouvais à la charge de mon compagnon. Lorsqu’il m’a demandée en mariage, parce que mes parents avaient fait carrière chez De Beers, il m’a proposé de dessiner ma bague, et de trouver la pierre. C’était là que s’est ouvert mon horizon, bien plus qu’au bord de la plage, même si elle était paradisiaque. Cette période, qui n’a duré que six mois, a été la plus perturbante de ma vie. Pour la première fois, je n’avais pas de plans d’avenir, mais j’avais du temps. J’étais de plus en plus inspirée. Voir mes amis poster leurs réalisations sur LinkedIn me tiraillait, mais ça m’a aussi permis de réfléchir à mon ikigai, une notion japonaise qui permet de déterminer ce qui donne du sens à notre vie. On met en perspective ce qui nous passionne, ce dont les gens ont besoin, ce pour quoi ils sont prêts à payer, et on trace sa voie. J’ai perçu à quel point une dimension créative, artisanale, manquait à ma vie. C’était aussi à ce moment-là l’époque du développement personnel féminin « offensif ». L’idée que si on voulait obtenir quelque chose, il fallait le provoquer. J’ai eu l’idée de développer un réseau pour d’autres femmes ambitieuses qui cherchaient un équilibre. Avec quelques amies, nous avons lancé MizBiz. Ce réseau a marqué pour moi un point de basculement : être indépendante a tout changé à la suite de ma carrière. Le réseau a grandi organiquement. En quelques années, nous comptions 1200 membres, sans avoir fait la moindre publicité. Ça m’a beaucoup apporté. Certaines lettres de managers que nous avons accompagnées m’ont fait pleurer. Mais ce développement s’accompagnait d’une charge de travail de plus en plus importante, et c’était une organisation à but non lucratif. Pour des raisons qui n’ont rien à voir avec ce projet, j’ai divorcé, et je suis revenue vivre à Anvers. En 2017, j’ai suivi une formation en gemmologie. En 2019, j’ai créé ma marque, Elliot & Ostrich. Comme l’autruche : un oiseau puissant, qui peut battre un lion. Finalement en 2020, le Covid a mis fin au réseau MizBiz, qui s’essoufflait d’avoir poussé trop vite. Mais ce projet m’a guidée vers ce pour quoi j’étais faite ».

Poser les pierres (précieuses) d’une nouvelle carrière

À l’époque de MizBiz, Jennifer faisait parfois appel pour un coup de main à Sylvie Arts, qui évoluait dans son cercle relationnel. « Nous étions déjà très complémentaires. Quand j’ai arrêté le réseau de leadership, Sylvie m’a proposé de m’aider pour mes premiers événements Elliot & Ostrich. Elle était au moins autant motivée que moi. Je lui ai proposé de devenir mon associée. » En septembre dernier, cette maison de joaillerie aux influences Art Déco a ouvert un espace privilégié pour exposer ses collections épurées, qui se distinguent par l’harmonie de pierres colorées. Les deux entrepreneuses reçoivent leur clientèle dans un décor allégorique des paysages d’Afrique. On s’installe dans des alcôves qui évoquent les maisons rondes du Botswana, et tout autour, les tables et les comptoirs racontent les canyons et les courbes minérales de perspectives blanchies par le soleil. Jennifer et Sylvie invitent leurs visiteurs à une introspection sincère sur la nature de leur désir de bijou, pour célébrer un sentiment ou s’offrir un ancrage précieux. Des pièces riches de symboles à porter au doigt, ou orner l’oreille et se mettre, nous aussi, à l’écoute de nos émotions.

Jennifer Elliot, Fondatrice de Elliot & Ostrich 
Jennifer Elliot, Fondatrice de Elliot & Ostrich 

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