RSE et durabilité

Comment combiner écologie et économie ?

Quelles stratégies économiques ? Quelles politiques industrielles ? Quelles formations professionnelles ? Quel rôle attribuer aux technologies ? Quelques-unes des questions que pose la lutte contre le dérèglement climatique. Et qui étaient au centre de notre grand débat public, le 21 février, à TheMerode.
Temps de lecture: 3 min

Une « Europe moderne, fondée sur des principes d’efficacité et d’utilisation optimale des ressources, qui favorise l’unité et l’inclusion de ses habitant(e)s ». C’est l’objectif que la Fondation Solar Impulse espère voir atteindre par les prochains dirigeant(e)s européen(ne)s après les élections de juin. Le 21 février, elle publiait ainsi à l’adresse des futurs dirigeants de l’Union européenne son Manifeste appelant à « exploiter le potentiel du Green Deal », le Pacte vert pour l’Europe, et présentant « une vision et une méthode » pour que l’UE entre « dans une nouvelle ère de responsabilité environnementale, d’opportunités économiques et de cohésion sociétale ». C’est autour de ces enjeux que s’est tenu notre grand débat en présence d’un public très nombreux à TheMerode-Bruxelles.

« Voilà des décennies que nous avons des solutions technologiques profitables à l’économie et à la protection de l’environnement, et beaucoup continuent à ne pas y croire », a démarré Bertrand Piccard, président de la Fondation Solar Impulse. « À penser qu’il faut réduire le développement économique et opter pour la décroissance, pour moins de mobilité, moins de confort, au détriment de l’industrie et de la population. Or, l’Europe a approuvé le Green Deal, opportunité extraordinaire de mettre l’écologie au cœur du développement économique, plutôt que d’avoir un monde inefficient, obsolète, démodé, avec des vieux systèmes qui coûtent cher à tout le monde, qui polluent, qui sont des handicaps économiques. Parce que si on gaspille, on émet du CO2, essentiellement, et ça coûte très cher aussi. Donc, l’Europe a développé une économie de l’écologie, une économie nouvelle, qui vise à avoir de nouvelles infrastructures, de nouveaux emplois, de nouveaux secteurs de développement, de business, alors qu’on a longtemps cru qu’écologie et économie étaient antagonistes. »

Double souci, pourtant : « D’abord, les États-Unis nous ont copiés, en allant encore plus loin, avec l’Inflation Reduction Act (IRA), qui attire des entreprises, avec des subventions, des exonérations fiscales et des avantages économiques énormes, pour se moderniser et aller vers les entreprises de clean tech, les entreprises d’énergies renouvelables, etc. Ensuite, le Green Deal devient cible d’attaques. Il faut donc que toutes les tendances politiques se rassemblent autour de ce Pacte vert, d’urgence. Parce qu’il est un avantage pour chacune d’elles ».

Bertrand Piccard, président de la Fondation Solar Impulse et Niels Fuglsang, eurodéputé du groupe social-démocrate.
Bertrand Piccard, président de la Fondation Solar Impulse et Niels Fuglsang, eurodéputé du groupe social-démocrate.

Assez, les politiques climatiques ?

Pas gagné, estime Niels Fuglsang, eurodéputé du groupe social-démocrate : d’une part parce que « l’extrême droite émerge un peu partout, en Europe, disant ’’assez de politiques climatiques européennes, assez de politiques vertes. Je ne pense pas qu’elle aura la majorité au Parlement, mais je suis plus inquiet face aux partis conservateurs, qui ont déjà voté contre la loi de restauration de la nature et contre la loi sur les pesticides notamment. Si ces deux blocs font cause commune, alors nous serons en grande difficulté. Mais nous ne ferons aucun compromis. Et il reste des voix, fortes, pour qu’on poursuive ces politiques. »

Le ministre fédéral de la Mobilité, Georges Gilkinet, approuve, estimant qu’« on avait très bien commencé cette législature européenne, avec le Green Deal qui a aidé par exemple le gouvernement belge à mettre à disposition des moyens d’investissement utilisés notamment dans le développement des énergies renouvelables ou le redéploiement de la mobilité ferroviaire. Il est donc porteur de sens : il rassemble et permet de structurer une activité économique et sociale ». Mais, c’est vrai, « en cette fin de législature européenne, on voit le mouvement exactement inverse : le repli sur soi, les tendances à dire qu’il faut arrêter le Green deal. Et quand il y a un problème dans le secteur agricole, on remet en cause les principes de la protection de la biodiversité, de la jachère, etc., comme si c’était ça le problème. Je crois plutôt qu’on a besoin d’un Green Deal 2.0, qui rassemble l’ensemble des forces démocratiques plus ou moins progressistes. C’est ça qui doit structurer l’action politique européenne et nationale dans le futur, pour rendre l’espoir aux gens ».

Une vision positive de l’écologie, dans une Europe modernisée

Selon Bertrand Piccard, cet espoir doit aussi passer par « un nouveau narratif » de l’écologie, parce que « sa vision sacrificielle en a détourné 95 % des gens et a divisé le monde économique, financier, industriel, politique et citoyen. Il faut une vision rassembleuse, enthousiasmante et économiquement viable ». Qui passe « par la modernisation et l’efficience : si on gaspille, si on produit autant de déchets, c’est parce qu’on utilise des systèmes archaïques, qu’on isole mal, qu’on a des moteurs à combustion, qu’on est resté à ce qui a été inventé au début de l’ère pétrolière. La décarbonation, conséquence logique de la modernisation et de l’efficience, ne fera plus peur puisqu’elle induira profits, création d’emplois, développement industriel, réduction des inégalités et protection de l’environnement, en remplaçant ce qui pollue et gaspille par ce qui est propre et ne gaspille pas ».

Message reçu cinq sur cinq par Maroš Šefčovič, Commissaire européen au Green Deal et vice-président exécutif de la Commission européenne. Celle-ci s’est d’ailleurs « engagée, ces dernières années, à proposer les meilleures réponses à cette question, cruciale : comment décarboner notre économie et atteindre la neutralité carbone tout en préservant notre compétitivité industrielle et en garantissant une transition socialement juste ? » Des réponses qui « reposent sur quatre piliers :

1

un cadre réglementaire industriel plus simple et plus prévisible, pour garantir que, en matière d’énergie renouvelable par exemple, nous disposions des matières premières nécessaires et qu’elles soient peu onéreuses pour les consommateurs/trices ;

2

un accès plus rapide aux investissements et financements du développement des technologies propres en Europe ;

3

le développement et l’accompagnement des compétences nécessaires à la transition écologique, technologique et économique ;

4

des accords de libre-échange soutenant la transition tout en luttant contre les pratiques commerciales déloyales ». Et de citer tous les budgets créés, donc les 86,7 milliards du Fonds social pour le climat.

Maroš Šefčovič, Commissaire européen au Green Deal et vice-président exécutif de la Commission européenne et Chloé Mikolajczak, activiste pour la justice sociale et climatique.
Maroš Šefčovič, Commissaire européen au Green Deal et vice-président exécutif de la Commission européenne et Chloé Mikolajczak, activiste pour la justice sociale et climatique.

Technologie, profits et climat : conciliables ?

Réaction de Chloé Mikolajczak, activiste pour la justice sociale et climatique : « 86 milliards, ce n’est rien face aux 400 milliards annuels investis dans l’industrie d’énergie fossile. » Par ailleurs, ce focus sur le techno-solutionnisme m’inquiète, cette foi inébranlable dans le fait que la technologie va nous sauver : on n’en a aucune preuve. En revanche, on a des preuves, que, quand on se focalise majoritairement sur ces questions de technologie et d’efficience, on a l’effet rebond. Cette tendance à consommer plus puisqu’on utilise moins d’énergie. Donc, il y a des gens pour qui c’est extrêmement profitable d’investir massivement dans la technologie comme solution. Et, surtout, c’est très rassurant : ça nous permet de ne pas devoir changer nos modes de vie. Alors que les solutions passent par-là, on le sait très bien et depuis longtemps ! »

Technologie et recherche de profits = incompatibles avec la lutte contre le dérèglement climatique ? Ilham Kadri, CEO de Syensqo, nouvelle entité de Solvay, réfute : « Autant que la science ou que la technologie, l’industrie, en ce compris celle de la chimique, fait partie des solutions face aux défis posés par le changement climatique. Ce n’est pas du tout contradictoire. Nous, nous explorons de nouvelles façons de faire du business, celui-ci étant profitable tant à l’entreprise qu’à l’économie et à l’environnement. Nos investissements, nos recherches, nos découvertes, nos soutiens aux projets durables, le prouvent. C’est pour ça que les pouvoirs publics doivent nous soutenir, investir dans les projets innovants et simplifier les réglementations. »

Georges Gilkinet opine, affirmant que « de plus en plus d’entrepreneurs ne sont pas uniquement dans une recherche de croissance à tout prix mais mettent en place des process pour émettre moins de CO2 et produire des composants contribuant à cet objectif planétaire vital. Ceux qui réussissent aujourd’hui et réussiront demain sont ceux qui intègrent cette dimension non pas comme une contrainte mais comme une opportunité. En fait, l’écologie est l’avenir de l’économie. »

Ilham Kadri, CEO de Syensqo et Georges Gilkinet, ministre fédéral de la Mobilité.
Ilham Kadri, CEO de Syensqo et Georges Gilkinet, ministre fédéral de la Mobilité.

Nous avons posé la question suivante «Quelle est selon vous le meilleur moyen pour (ré)concilier écologie, économie et meilleure qualité de vie pour toutes et tous ?» à tous nos intervenants. Découvrez leurs réponses en images :

Bertrand Piccard :

Chloé Mikolajczak :

Ilham Kadri :

Georges Gilkinet :

Maroš Šefčovič :

et Niels Fuglsang :

À la Une

image description

Focus

Green Deal

image description

Découvrez l'actualité Green Deal

Révélez-vous