Bien-être

Quelles sont les clés du bonheur en entreprise ?

Aujourd’hui, les employeurs accordent de plus en plus d’importance au bien-être au travail, parce qu’ils réalisent son impact sur l’absentéisme, l’attractivité de l’entreprise, sa performance et sa rentabilité. De quoi mettre en place des stratégies qui sèment du bonheur ! Article réservé aux abonnés
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Il y a dix ans encore, lorsqu’on parlait de bonheur au travail, cette question était mal perçue, et plutôt considérée comme une préoccupation privée. Aujourd’hui, les choses ont évolué dans tous les secteurs.

« Désormais, les services RH font également appel à nous pour coacher les ouvriers, et plus seulement les employés, se réjouit Griet Deca, Chief Happiness chez Tryangle. La formation est quelque peu adaptée, mais le fond demeure identique. »

Pas toujours facile, pourtant, d’intégrer des milieux peu rodés à ce genre d’exercice.

« J’ai été engagée comme formatrice dans une industrie pour aborder le thème de la gestion du stress. Au départ, mon intervention a été mal perçue : deux hommes m’ont demandé ce que je faisais là, et m’ont asséné qu’ils venaient uniquement pour bénéficier d’un jour de congé. Ils prétendaient ne pas connaître de stress dans leur activité. Or, horaire s’articulait autour d’un système continu de 12h de travail. Le problème n’était donc pas le stress selon eux, mais la concentration qui déclinait au fil du temps. J’ai alors présenté mon programme avec un focus sur la concentration, et j’y ai intégré des séances de méditation présentées comme des « exercices de concentration ». L’équipe a complètement adhéré et en a même redemandé ! Ils m’ont chaleureusement remerciée à la fin de la formation. » Comme quoi, il ne faut jamais rien lâcher…

Une pyramide du bonheur

« En entreprise, tout commence par la définition que l’on donne au bonheur, poursuit Griet Deca. Nous avons en ce sens développé un vocabulaire spécifique et parlons de HPI (Human Performance Indicators) qui peuvent aborder des questions telles que « se dit-on bonjour au travail ? », ou « Quand on rencontre des difficultés, ose-t-on demander de l’aide ? » On peut développer toute une série de critères selon l’entreprise ou les travailleurs visés, mais pour nous, le bonheur au travail se définit avant tout comme quelque chose de durable, qui s’appuie sur des valeurs fortes. »

Pour atteindre ce bonheur durable, Tryangle utilise un système de pyramide qui agit couche par couche. « Les deux premières couches constituent le fondement sur lequel s’appuient les autres : il s’agit de la satisfaction au travail et de la connexion (ou communication). La troisième étape est le mindset (ou comment on considère les choses), la quatrième, le bien-être au sens large (santé physique, mentale et sociale), la cinquième, le talent (se sentir reconnus), le sixième, l’engagement (ou la motivation) et le septième, le bonheur au travail (le Graal !). « Si toutes les couches sont sous contrôle, il est alors possible d’atteindre ce bonheur durable. Dans le cas contraire, il faudra travailler là où ça coince. »

Le plus souvent, c’est la peur de communiquer qui est mise en exergue. «Lorsqu’on se rend au boulot avec des pieds de plomb, il est temps d’agir. La première étape est de parler aux personnes en qui l’on a confiance. En effet, une bonne communication est le premier levier de bien-être. Mais bien souvent, les employés estiment qu’ils doivent subir la situation. Pourtant, communiquer peut mener à des solutions, par exemple déléguer une partie du travail à une autre personne, si le salarié se sent débordé. Parfois, il est tout simplement temps de changer de job, mais là aussi, ça coince. En effet, les employés craignent de perdre leur gagne-pain et de ne pas pouvoir assumer leurs crédits ou leurs enfants à charge. Il s’agit là d’une réaction du cerveau reptilien, générée par la peur. On se retrouve alors dans une stratégie de survie – nous restons là où nous sommes, même si c’est inconfortable, car il s’agit d’un terrain connu – au lieu de chercher à accroître notre bien-être. Pourtant, nous ne sommes pas mariés avec notre travail : il est souvent utile de le rappeler ! »

Les perturbateurs de bonheur

Certains éléments favorisent le bien-être, et d’autres l’annihilent tout aussi vite.

« Si la base n’est pas solide (la satisfaction au boulot et la communication), le niveau de bonheur peut très vite chuter. »

Les déclencheurs de stress entament également le bien-être. On pense notamment aux relations difficiles avec son chef d’équipe ou encore au « digistress » ou l’incapacité à décrocher du digital.

« On est désormais joignables 24h/24 et 7j/7, mais on a aussi droit à la déconnexion, explique Griet Deca. Or, c’est rarement le cas dans les faits. On ne peut pas être productif, concentré, et offrir la meilleure version de soi-même si l’on ne prend pas de temps pour soi. Les personnes les plus à risques sont les perfectionnistes et les personnes très engagées dans leur travail, qui vont plutôt parler de « mission » que de « métier ». Celles-là risquent souvent le burn-out, avec toutes les conséquences que cela implique au niveau du bien-être. »

Richard, un commercial de 45 ans à l’allure dynamique, n’a pas été épargné par le burn-out. « Le problème provenait des rapports conflictuels qu’il entretenait avec son boss et son équipe, se souvient Griet Deca. Nous l’avons aidé à améliorer la communication avec ses collaborateurs dans un premier temps, puis nous l’avons interrogé sur ce qui lui apportait le plus d’énergie. Il nous a parlé du sport, qu’il avait abandonné pendant son burn-out car il était trop fatigué, et tout particulièrement de la course à pied. Il a finalement pris la décision de travailler à 4/5ème dans son entreprise – où il avait retrouvé son enthousiasme – et un jour par semaine pour organiser des marathons. Son hobby est donc devenu un travail à titre complémentaire pour un équilibre parfait.

Où est-on le plus heureux ?

Sans grande surprise, on est plus heureux dans les entreprises qui allouent les budgets les plus élevés au bien-être et à la santé. D’après une étude britannique, un quart des entreprises déployant les budgets les plus élevés ont observé une progression de plus de 28 % de leurs employés en bonne forme et une réduction de plus de 16 % de perte de productivité.

Selon une étude américaine de l’Institut Gallup, les unités de production faisant partie des 25 % des unités où l’engagement est le plus fort, ont quant à elles un niveau de productivité plus élevé de 21 % que celles où l’engagement est le plus faible. La profitabilité y est 22 % plus haute, l’absentéisme 37 % plus bas et les accidents du travail 48 % moins nombreux. Une entreprise qui engage beaucoup serait donc propice à une plus haute productivité, qui va de pair avec un niveau de rentabilité et de bien-être plus importants.

Se sentir reconnu est également essentiel pour se sentir bien au bureau. C’est ce qu’a révélé une étude menée par l’Institut français ViaVoice et Le Nouvel Obs : 94 % des travailleurs actifs questionnés confiaient se sentir heureux lorsqu’ils étaient reconnus par leur hiérarchie. À l’inverse, 57 % des travailleurs estimaient se sentir mal parce qu’ils manquaient de reconnaissance.

Le sentiment de sécurité est lui aussi pointé du doigt : 65 % des employés interrogés dans une étude du baromètre Ipsos affirmaient en effet que se sentir en sécurité par rapport à son avenir professionnel constituait un pilier important du bien-être professionnel.

Enfin, d’après une étude belge réalisée par Securex, les indépendants jouiraient d’un bien-être professionnel et personnel plus élevé que les ouvriers et les employés. Ils obtiennent en effet une note de 7,3/10 contre 6,8/10 pour les ouvriers et de 6,7/10 pour les employés. Par contre, les indépendants sont beaucoup moins bien lotis au niveau du bien-être social, avec un score d’à peine 5,6/10.

De plus, les résultats sont bien meilleurs en Flandre qu’en Wallonie et à Bruxelles.

La taille de l’entreprise dans laquelle exerce un travailleur semble aussi influencer le niveau de bien-être. Dans les petites structures comptant un à neuf travailleurs, le bien-être professionnel est estimé à 7,2/10, ce qui contraste avec le score de 6,7/10 dans les entreprises de plus de 250 travailleurs.

En résumé, pour être heureux au travail, soyez indépendant dans une petite entreprise florissante en Flandre, qui investit un budget important en termes de bien-être, valorise ses travailleurs et offre des perspectives d’avenir !

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