Technique et construction

« Dans la construction, on engage quiconque est motivé »

Le patron de la Confédération Construction lance un appel à qui veut l’entendre : la pénurie est telle, pour des années encore, qu’on recrute désormais sur base de l’attitude et de la mentalité. Article réservé aux abonnés
Journaliste au pôle Planète Temps de lecture: 4 min

Sans mauvais jeu de mots, les tuiles s’accumulent sur la construction, au même titre d’ailleurs que d’autres secteurs. À ceci près que le secteur estime subir la double peine d’une pandémie s’ajoutant à la pénurie de personnel qui le frappe de manière structurelle.

« S’agissant de la pandémie, le variant Omicron fait effectivement des ravages dans nos rangs », confirme Niko Demeester, à la tête de la Confédération Construction. « Le taux moyen d’absences dans nos entreprises, soit pour isolement, soit pour quarantaine, a doublé en une semaine, selon un sondage effectué auprès d’un échantillon représentatif de plus de 4.000 travailleurs, pour atteindre près de 5 %. Dans certaines entreprises, on parle de près de 10 % des effectifs qui sont touchés. »

L’effet en est pour le moins délétère, puisque 92 % des entreprises du secteur affirment dans la foulée éprouver des difficultés à respecter les délais de livraisons prévus. « Cette proportion est énorme, mais elle s’explique de plusieurs manières. D’une part, parce que les entreprises de construction travaillent bien évidemment sur chantiers. Chez nous, une personne en quarantaine n’est donc pas en télétravail comme dans d’autres entreprises où le travail peut se poursuivre de cette manière : étant absente de l’endroit où le job doit s’effectuer, elle n’est plus productive. »

L’autre raison de cet impact très important réside dans les goulets d’étranglement. Le retard de livraison d’un fournisseur ou d’un sous-traitant, touché lui aussi par Omicron, affecte directement toute l’organisation logistique du chantier si le matériel ou la prestation n’est pas livré au moment prévu. « Et il suffit parfois d’une personne absente dans une équipe pour la bloquer en totalité », souligne Niko Demeester. « Si le conducteur d’une grue est absent, il ne peut pas être remplacé par n’importe qui et on ne peut donc qu’attendre son retour avant de reprendre le travail… »

Se réjouissant dans la foulée des mesures exceptionnelles visant à permettre d’engager des personnes au chômage temporaire, des travailleurs intérimaires, des retraités, des étudiants ou des demandeurs d’asile pour faire face à l’urgence, le patron de la Confédération Construction est cependant incapable pour l’instant d’en anticiper les effets, la décision étant trop récente.

Comme dans les années 60

« En réalité, tout ce qui nous permet d’attirer du personnel est désormais bienvenu », affirme Niko Demeester. « La pénurie est telle, et si profonde, que dans la construction, nous engageons désormais toute personne qui se présente à nous ! » Entendez par là que les entreprises du secteur semblent, pour la plupart, avoir renoncé à se montrer trop exigeantes, se résignant donc à recruter et à former sur le terrain.

« La prise de conscience est désormais bien réelle au niveau régional, où le Forem, en Wallonie, a mis en place des événements spécifiques pour le secteur, mais aussi au niveau fédéral, où on accentue les efforts régionaux par le biais de la défiscalisation de certaines primes d’attractivité. Mais, d’une part, cela ne suffira pas pour combler les besoins et, d’autre part, j’avoue que cette politique de la carotte me pose quelques questions : il faudrait aussi un moment agiter davantage le bâton vis-à-vis de celles et ceux qui, sans emploi, refusent de venir travailler dans un secteur où il y a du boulot. »

D’autant que, le patron de la Confédération Construction l’affirme, « le secteur paie bien et propose de nombreux avantages. Le salaire d’un ouvrier en catégorie 3, soit la plupart des ouvriers, est de l’ordre de 2.988 euros bruts en moyenne. S’y ajoutent divers avantages spécifiques à la construction, une assurance hospitalisation et des versements pour une pension complémentaire, entre autres. »

Mais cela, donc, ne suffit pas en l’état, et en tout cas à court terme, de sorte que Niko Demeester le réaffirme : quiconque veut travailler dans le secteur va y trouver du boulot. « Le diplôme importe peu, voire pas du tout, dans la mesure où l’entreprise va faire démarrer la personne dans des tâches simples pour commencer, et puis s’engagera un parcours de formation qui lui permettra d’acquérir de nouvelles compétences et de progresser. »

C’est cette ouverture qui justifie, par exemple, que des personnes s’étant détournées de l’horeca en raison des fermetures multiples liées à la pandémie ont décidé de rejoindre la construction et d’y rester. « Ce qui importe, c’est l’attitude, comme c’était le cas dans les années 60 où on pouvait commencer en bas de l’échelle en ayant l’espoir de progresser ensuite. L’exigence est basique, mais elle est absolument fondamentale : il faut que la personne soit motivée, qu’elle accepte de se lever tôt le matin, d’arriver à l’heure sur le chantier et d’y respecter les exigences du travail en équipe tout en faisant preuve d’initiative. Si elle affiche cette mentalité, ce n’est plus si grave si elle n’a pas son permis de conduire, elle trouvera sûrement une entreprise qui lui paiera cette formation… »

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