Agriculture

En Wallonie, l’étourdissement rebute une partie de la clientèle

Depuis 2019, l’étourdissement est obligatoire dans les abattoirs wallons avant la mise à mort. L’abattoir d’Aubel dit avoir perdu 15 % de sa clientèle. Article réservé aux abonnés
Décodage - Journaliste au pôle Planète Temps de lecture: 1 min

Wallons, flamands ou européens, les textes de loi qui encadrent les pratiques d’abattage des animaux exigent, à des fins de protection animale, que les animaux soient rendus inconscients avant d’être saignés. En Flandre, l’interdiction de l’abattage sans étourdissement est entrée en vigueur le 1er janvier 2019. La Wallonie a embrayé le pas à partir du 1er septembre de la même année. Dans les deux Régions, l’interdiction de l’abattage sans étourdissement a été votée à la quasi-unanimité avec, pour seule motivation, le bien-être animal.

Depuis lors, plusieurs actions en justice ont été intentées par des associations ou groupements religieux pour contester l’obligation d’étourdissement. Le 13 février dernier, la Cour européenne des droits de l’homme rendait encore un arrêt validant les interdictions wallonne et flamande de l’abattage sans étourdissement. Cette décision faisait écho à celles rendues par la Cour de justice de l’Union européenne, en avril 2021, et la Cour constitutionnelle belge qui soutiennent que l’interdiction de l’abattage sans étourdissement vise l’objectif de veiller au bien-être animal. Dans son arrêt, la Cour européenne des droits de l’homme dit, à l’unanimité, qu’il y a eu non-violation du droit à la liberté de religion et non-violation de l’interdiction de la discrimination.

Vivant, pas conscient

« L’étourdissement est un principe de base qui empêche la souffrance de l’animal avant la mise à mort », commente Marc Vandenheede, professeur en médecine vétérinaire à l’ULiège. « La saignée est douloureuse et effrayante. Il est donc important de rendre l’animal inconscient auparavant. Pour les bovins, cela se fait à l’aide d’une tige perforante appliquée sur le crâne des animaux qui détruit une partie du cerveau. Pour les animaux de plus petite taille, comme les moutons, on a recours à l’électronarcose qui est pratiquée au moyen d’une pince munie de deux électrodes qui se placent sur le crâne de l’animal de sorte que les ondes traversent son cerveau afin de l’endormir. La loi fixe un ampérage minimum. »

« Le respect religieux et le bien-être animal vont de pair », ajoute le professeur. « Dans beaucoup de communautés musulmanes à travers le monde, l’étourdissement est reconnu et respecté car l’islam dit strictement que l’animal doit être vivant au moment de la saignée. Il ne doit pas être conscient. »

Pas suffisant pour convaincre tout le monde. « Depuis que nous pratiquons l’étourdissement, nous avons perdu 15 % de notre clientèle », déplore Jean-Marc Delchambre, directeur de l’abattoir d’Aubel. « Ce sont des musulmans qui vont faire abattre leurs animaux où l’étourdissement n’est pas obligatoire. Ça peut être Bruxelles ou la France. »

Agent technique au sein de l’abattoir communal de Virton où « entre 100 et 120 moutons sont abattus chaque semaine », Serge Authelet dit constater que « depuis cette loi, il y a une augmentation du nombre de musulmans qui se rendent en France ou à Bruxelles. »

« Lors des fêtes de l’Aïd », ajoute Vincent Wauthoz, échevin virtonais en charge de l’abattoir communal, « nous prenons toujours beaucoup de moutons en charge. A chaque fois, un représentant du culte musulman se déplace pour s’assurer que tout se déroule selon les règles ».

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