Reconversion

Une reconversion professionnelle après 50 ans, c’est possible

Le handicap, l’origine ethnique, l’orientation sexuelle et l’apparence physique sont à l’origine des principales discriminations à l’embauche. Mais il en est une autre tout aussi frappante : l’âge. Nous sommes allés à la rencontre de deux personnes ayant retrouvé du travail à l’approche de leurs 60 ans. Elles nous relatent leurs parcours professionnels et leurs embûches. Mais surtout elles nous délivrent un message d’espoir particulièrement inspirant : une reconversion est toujours possible. Article réservé aux abonnés
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Selon une étude récente de l’Université de Gand, les personnes aux alentours de 50 ans qui sollicitent un emploi ont 48 % de réponses positives en moins que celles d’environ 30 ans. En cause : le poids des préjugés. Sans avoir même rencontré ou testé les candidats, bon nombre d’employeurs, en particulier au sein des PME, s’imaginent que les personnes plus âgées seraient dépassées par les évolutions technologiques ou coûteraient plus cher.

Près de 40 ans dans la restauration

À 60 ans, Christian Cloos a passé près de 40 ans de sa vie professionnelle dans le secteur de l’alimentation et de la restauration : « Mes parents étaient gourmands et gourmets, ce qui m’a donné le goût à l’alimentation et à la cuisine. Après avoir observé ma mère aux fourneaux durant ma jeunesse, je me suis formé à l’école hôtelière. Par la suite, j’ai d’abord exercé le métier en tant que responsable de la restauration dans un hôpital, puis dans une résidence service. »

Ensuite, notre interlocuteur a successivement travaillé pour un traiteur renommé, « où nous organisions jusqu’à douze mariages certains jours » ; il s’est occupé d’une ferme, « où j’ai créé une marque de bière relativement connue » ; il a géré quatre restaurants, « soit en mon nom propre, soit pour le compte d’une grande enseigne d’hypermarché » ; enfin, il a œuvré comme directeur adjoint pour une association bruxelloise fournissant des repas aux hôpitaux, aux écoles et aux maisons de repos.

Changement de décor

Puis, en dépit de cette expérience professionnelle et du caractère fonceur de ce rugbyman chevronné, ce fut le coup d’arrêt : « Le Covid est passé par là ! Il a mis un grand coup dans l’aile de l’hôtellerie et de la restauration, que ce soit en termes de service ou de consultance. Loin de me laisser abattre, malgré mon statut d’expert dans ce secteur, entre autres dans l’organisation de banquets, je suis redevenu un apprenti et j’ai entamé une reconversion : j’ai repris des études à 57 ans afin d’officier comme directeur de maison de repos. »

Durant deux ans, il a acquis de nouveaux outils et ainsi pu mettre une nouvelle pierre à l’édifice. « Reprendre des études à l’approche de la soixantaine n’a cependant rien d’évident : c’était un changement de décor, avec la difficulté de se remettre à avaler des centaines de pages de syllabus ; j’avais quelques craintes d’être blackboulé aux examens. Finalement, je les ai réussis et, pour moi, c’était comme toucher un salaire, ce qui m’a rendu content et satisfait. »

Garder confiance

Aujourd’hui, Christian Cloos travaille comme référent bien-être, adjoint à la direction, au sein d’un centre public d’aide sociale en Région bruxelloise. Toutefois, il reconnaît que le chemin pour décrocher ce poste ne fut pas des plus aisés : « Même s’il est quasiment indispensable, le diplôme ne garantit pas d’office un travail. Une fois passée la cinquantaine, trouver un nouvel emploi relève du parcours du combattant. Les employeurs ont souvent tendance à penser qu’on n’est plus nécessairement performants, qu’on va coûter cher et qu’on risque de tomber plus facilement malades. Certains managers sont également méfiants à l’égard de candidats plus âgés qu’eux, pensant sans doute qu’ils rencontreront des difficultés à les diriger. »

Finalement, il a fait appel à tous ses réseaux pour le mettre en contact avec d’autres personnes susceptibles de lui venir en aide : « Même si de nos jours, on n’a plus forcément la côte en raison de notre âge, avec de la volonté, du courage et un minimum de savoir-faire, on peut y arriver. Il faut savoir jouer avec ses forces, mais aussi saisir toutes les opportunités en s’appuyant sur son entourage et ses contacts tous azimuts, quitte à rechercher très loin dans son passé des personnes que l’on a un jour croisées sur sa route. Si vous restez seul dans votre coin, vous n’y arriverez évidemment pas. Se remettre en question, tout en restant confiant, est aussi une règle en or. »

Christian Cloos
Christian Cloos

Christian Cloos s’est reconverti en tant que référent bien-être après une carrière dans le secteur de l’horeca.

D’indépendante…

Le discours et le parcours de Christine Grigolato, 62 ans, ingénieure industrielle de formation, ont des airs de similitude avec ceux de Christian Cloos : « Il faut vraiment reprendre courage et accepter l’idée qu’on va refaire une formation. »

Il faut dire qu’en termes de reconversion, elle sait de quoi elle parle. Il n’y a qu’à voir la diversité de métiers qu’elle a exercés tour à tour : chercheur durant 2 ans à l’université, avec ensuite un remplacement de professeur pour donner cours de sciences ; indépendante cofondatrice d’un bureau d’études d’ingénieurs ; employée durant 2 ans, en tant que responsable du recrutement d’ingénieurs pour le compte d’une entreprise spécialisée en ressources humaines ; indépendante cofondatrice d’une société active dans ce même segment du recrutement. « Cette dernière aventure professionnelle a duré 12 ans, jusqu’à ce que la crise de 2008 ait un impact tel que le dépôt de bilan était devenu inévitable, fin 2011 », nous confie-t-elle.

… à fonctionnaire

Par la suite, elle a continué à développer seule d’autres produits, s’orientant progressivement « vers la formation basée sur la confiance en soi, notamment dans de l’accompagnement de carrière. Cela m’a conduit finalement vers une association en charge de la formation de jeunes en décrochage scolaire. Cette activité m’a vraiment épanouie. Dans le même temps, je poursuivais en parallèle des missions d’ingénieur ou de recrutement. »

En 2020, elle est attirée par les fonctions disponibles dans la fonction publique. Forte de ses différentes expériences, elle décide d’oser, une fois de plus : « À l’époque, j’avais 59 ans et je l’ai vu comme un challenge. J’ai passé les différentes étapes de la sélection, pour lesquelles je me suis préparée. En 2021, en pleine crise sanitaire, à 60 ans et 15 jours, j’ai été engagée. » Aujourd’hui cheffe de projet au SPF Stratégie & Appui (BOSA), Christine Grigolato y coordonne un projet en ressources humaines et un trajet de développement pour dirigeants orienté vers le leadership. « Ma fonction est très variée et j’ai beaucoup d’autonomie, autant d’éléments qui conviennent parfaitement à ma façon d’être. Je suis très heureuse de cette nouvelle aventure, qui me permet en outre de continuer par ailleurs une activité d’indépendante à titre complémentaire dans le secteur de la formation pour les jeunes en décrochage scolaire. »

Se former tout au long de la vie

De ce parcours varié, notre interlocutrice retient plusieurs enseignements. Tout d’abord, « après avoir été indépendante quasiment toute ma vie, je suis contente d’avoir osé sauter le pas vers cette nouvelle expérience. J’ai aussi ignoré certains freins que l’on se met parfois tout seul, comme celui de se dire qu’à partir de 50 ans, on ne sert plus à grand-chose sur le marché de l’emploi. J’ai décidé d’y aller, en me disant qu’on verrait bien ce que cela donnerait. Et ça a réussi ! »

Ensuite, elle se réjouit d’avoir sans cesse, au cours de sa carrière, acquis de nouvelles compétences : « Élargir son horizon professionnel en suivant des formations tout au long de la vie est essentiel. Surtout passé 50 ans, cela permet de vraiment continuer à se prendre en main soi-même, à y croire et à rebondir malgré des échecs éventuels et à pouvoir s’orienter vers des métiers qui nous plaisent réellement. Aujourd’hui, il existe en plus des formations, même de courte durée, pour de nombreux métiers en pénurie. Mais, dans le même temps, il faut réussir à convaincre les employeurs à être moins regardants sur l’âge des candidats. Les 50+ ont beaucoup à offrir. »

Christine Grigolato
Christine Grigolato

Christine Grigolato est passée du statut d’indépendante à fonctionnaire.

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